dimanche 19 janvier 2020

La sagesse de soi


       Parfois, laisser courir les brumeurs permet de laisser surgir les ondulations radieuses. Ce n’est point de la lâcheté mais au contraire, développer une fidélité crasse au chant du chaos. En ce cas,  l’élévation des tonalités brusques et remuantes suppose de vivre les noirceurs toujours là, encore, incrustées avec souplesse,  On appelle cela dépassement. Sagesse. Etat de pleine conscience. Plénitude. Est-ce cela la sagesse ? Rien n’est moins sûr. Le dépassement suppose une solidité intérieure. Une conjonction du bas et du haut. Une adhésion au tendre et au dur. Un saut qualitatif. Un oubli. Une foi inalliable en l’avenir.

     Or quel penseur digne de ce nom revendiquerait cela ? Qui peut se dire, « oui, certes, le monde est tel qu’il est mais je l’accepte ainsi » ? Personne – mis à part un fou ou un adepte du développement personnel (expression pléonastique) voire encore un idéaliste. Or, si le fou est enfermable dans le champ de ses pensées, l’idéaliste, lui, détient une folie auto-persuasive pathogène, celle de croire en l’avènement de ses espérances. L’homme du « lâcher prise » pris dans cet étau effroyable  d’une réalité qui l’étouffe et d’un idéalisme inatteignable finit donc par se débarrasser de  tous sentiments. Etat qui le rend - à tort - supérieur. Et lui confère en réalité une distance étrangère à la vie. Sa situation supposée de vivant n’est que négation. Négation de vivre avec un autre (le moine est familialement solitaire – le contraire lui causant bien trop d’ennuis), négation d’une quotidienneté attardée et abêtissante (le moine préférant les échanges programmés à heures fixes).

     En ce sens, toute porte-monnaie salvateur est un leurre.
     En ce sens, la réponse est en vous.




dimanche 13 octobre 2019

Journée d'étude consacrée à l'imitation, par Virginie Chrétien


Séminaire « APPLE », 2019-2020 -  Langue orale / langue écrite
Journée d’étude sur l’imitation (2019-2020) à la MESHS de Lille, espace Baïeto
Le mercredi 27 novembre de 9h30 à 17h30
Thème : Le rôle de l’imitation
Sous-thème pour 2019 : la valeur de l’imitation
Responsable : Virginie Chrétien, Maître-Formateur et doctorante au RECIFES, Université d’Artois.

Argumentaire :
Cette journée d’étude se propose de questionner le rôle attribué à l’imitation par certains penseurs passés ou contemporains - philosophes, psychologues, sociologues ou pédagogues de terrain.
Au travers de cette enquête psychologique, sociologique et historique il s’agira, d’une part, de s’interroger sur ce qu’implique le terme d’imitation. Est-ce une copie, une reproduction, une inspiration ? Cette capacité est-elle naturelle ou construite ? Ce qui supposerait un apprentissage culturel de la part du sujet apprenant. Cette question anthropologique est discutée dès le 18e siècle (chez Buffon, Darwin et Condillac notamment) dans le cadre des débats que suscitent alors le problème de l’évolution des espèces et de la « Nature de l’Homme » au regard de celle de l’animal.
Cette journée d’étude, d’autre part, posera plus généralement le problème du regard de la société vis-à-vis de l’imitation : vue comme éminemment positive jusqu’au XVIIème siècle, où l’imitation avait une valeur pédagogique notamment au niveau de l’esthétisme en Art, la perception de l’imitation s’est particulièrement dégradée, en particulier au sein des apprentissages scolaires, l’imitation étant devenue synonyme de copie, de reproduction passive, voire de plagiat. Quels sont les différents facteurs (philosophiques, épistémologiques, culturels, pédagogiques etc.) susceptibles d’expliquer une telle modification de statut ?
Enfin, il s’agira de démêler le rôle de l’imitation dans les processus cognitifs. Les relations intersubjectives et imitatives semblent fondamentales à tout apprentissage. En quoi l’imitation interviendrait-elle dans toute acquisition, formelle ou informelle, de connaissances ? Ici les travaux des psychologues Baldwin, Piaget, Vygotski ou encore Bruner pourraient nous éclairer.

Intervenants : 


Stéphane Hirischi, Chanson l'art de fixer l'air du temps de Bruant à Mano Solo, Belles lettres,

Alain Firode Empirisme et pédagogie à l’époque des lumières, L’Harmattant, 2015, 

Sébastien Charbonnier, Deleuze pédagogue : La fonction transcendantale de l'apprentissage et du problème, L’Harmattant, 2009,

Virginie Chrétien, doctorante.


Bibliographie :


Baldwin James, Le développement mental chez l’enfant et dans la race, Paris, Harmattan, (1897) 2006. 

Condillac, Traité des animaux, 1755, Corpus des œuvres de philosophie en langue française, 1984,

Darwin Charles, La descendance de l’homme, Paris L’Harmattan, 2006, 1871 (rééd 1891).

Guillaume Paul, L’imitation chez l’enfant, Paris, Presses Universitaires de France, 1926, 1968

Piaget Jean, La formation du symbole chez l’enfant, Paris, Delachaux et Niestlé, 1978

Tarde Gabriel, Les lois de l’imitation, Paris, éditions Kimé,  1993 [1890]



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Déroulé de la journée  du mercredi 27 novembre 2019 à La MESHS de Lille, espace Baïeto :

9h00 -10h30 - Virginie Chrétien : "L'imitation selon Condillac" 

10h45 - 12h30 Sébastien Charbonnier  : "Similitude ou ressemblance : à quelle condition l'imitation peut-elle nous encapaciter ?"

14h00 -15h30 : Stéphane Hirschi : L'imitation en chanson, de l'admiration à la reprise. (Il aime participer assez longuement)

15h45 -17h30 ; Alain Firode "Comment faire siennes les idées qui appartiennent à d'autres : emprunt et imitation dans la pensée pédagogique des Lumières".






           


          

vendredi 12 juillet 2019

L’envol de Yann Crépin .

La musique serait-elle d’envols et de magie ?

Comment expliquer, sinon, les soulèvements ? Comment comprendre les frissonnements parcourant l’échine de l’âme ? Comment entendre les vibrations longeant les muscles et touchant la conscience ?

D’abord des surgissements. Pas n’importe lesquels. Des soulèvements. Un pouvoir de saisissement. Autant d’échappées offertes aux instants déliés des sentiments manifestes. Non des illusions. Bien au contraire, des points de contact entre le concret d’un monde, là, durement réel et des moments perdus où la présence – et quelle présence – de celle délicate d’un gouffre friable est posée tout au bord du vide.  Que sont ces fragiles esquifs longeant la surface des pierres ? Des songes ? Non point. Des brûlures. Des étincelles. De purs sortilèges, donc. Des univers tremblés proches du grondement des flammes. Or de ces souvenirs pleins - escarbilles de mémoire dansant à l’ombre du cosmos - s’élèvent des lueurs sauvages. Des projections musicales toutes en visions délicates, toutes en battements retranchés. Proliférations de l’espace à la recherche du foisonnement, curieux de ce qui se double et se multiplie : une touche fragile élevant l’être au-delà du sublime.


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dimanche 21 avril 2019

Cardio-boxing, l’apprentissage de la densité et la pratique politique de "la violence activée", par Elsa Dorlin





Tag, Paris, 2018, photo : V.Chrétien

      Une des recommandations en matière de cardio-boxing est de viser l’adversaire imaginaire sensé se trouver devant nous, mieux, de s’attacher à essayer d’attaquer une personne détestée. Action assez comique où une myriade de bras et de pieds sont lancés à l’assaut du vide. Difficile exercice tant il semble peu aisé de penser l’ennemi – à condition, bien sûr, d’en avoir un - dans la durée. Et, décidément, définir sa force à l’aune d’une colère ou de représailles suscités par de vils fantômes revient souvent à confondre le sentiment haineux avec de la puissance, à mélanger férocité et habileté, à dissoudre l’action dans l’impulsivité.

Or, la force n’est pas affaire de dureté mais de solidité.

 Cette science de la maîtrise interne ne consiste pas à tendre ses mouvements en fonction d’un autre détesté mais  à ajuster ses gestes à l’extrême tension des muscles, à sentir ses membres frotter les contours de l’espace, à mesurer l’ultime limite des dimensions, à développer la vivacité de l’épiderme. Donc, à l’inverse d’une démesure désordonnée ou d’un affrontement  enragé, le principe est celui de la contenance de soi et de la précision volontaire. Pour le dire autrement, il ne s’agit pas d’un calcul rationnel mais d’atteindre l’épaisseur du milieu.

Mais alors, éprouver son environnement  par le faire suffirait-il à atteindre l’efficacité ? Difficile à croire... Comment la tension nerveuse poussée à la frontière des possibilités physiques pourrait développer un savoir-faire ? Comment le déploiement de sensations internes pourrait surpasser le déchaînement d’une brutalité tournée vers l’extérieur ? Après tout, viser un but (en l’occurrence l’adversaire) n’est-il pas le meilleur moyen de l’atteindre ?  

De fait, partir de son en-soi ne va de soi. Aussi cet Art de la précision paraît revenir à combattre les yeux fermés, à poursuivre un idéal de chimère, à adopter le repli obstiné des organismes suicidaires.

Naturellement, il n’en est rien. Rechercher la moindre perte d’énergie par le geste juste ne veut pas dire être dénué d’énergie. Bien au contraire. C’est incroyable comme la réalité matérielle admet l’existence de trajectoires exactes. C’est fou comme le mouvement tendu s’ajuste au strict contenu de la matière. C'est stupéfiant comme l’action se déploie à l’extrême limite de l’expérience sensitive… Pas n'importe laquelle, bien sûr... de celle qui durcit le muscle et l’enveloppe de la pleine mesure de l’espace, de celle qui densifie à l’extrême chaque parcelle de chair. Les adeptes des Arts martiaux connaissent ça. Ils savent la puissance des énergies intérieures - déroulées lentement, solidement, à la limite de la résistance, poussées à l’aplomb de la robustesse - et ce,  jusqu’aux fondements de la physique.

                   
                    En quelque sorte, la dense maîtrise de soi au service de la puissance.





Bordeaux, 2019, photo : V.Chrétien


Cette justesse mesurable au principe de l’efficience de l’action, la philosophe Elsa Dorlin l’a étudiée.

Art de la maîtrise employée par les êtres soumis à l’adversité de l’esclavage, les arts martiaux ont constitué un moyen de surmonter les multiples pressions (interdiction de se rassembler, interdiction de discuter, interdiction de disposer d’outils), brimades (interdiction de circuler librement, de fréquenter certains lieux, de regarder une « blanche »…) et interdictions diverses (interdiction de danser !) en  apportant une réponse certes violente en apparence mais en réalité de contenance et de maîtrise.

Il s’agit d’un usage politique de la "violence activée".

La pratique consiste à entraîner les corps, à convertir la violence subie en action afin de transformer cette violence en insurrection. C’est une question d’ascèse, de mode d’être, de maîtrise de soi où il est fait usage d’une violence maîtrisée. 


Elsa Dorlin pose la question, également, des images véhiculées par la société. Pourquoi une femme battue est-elle toujours représentée en tant que victime ? N’est-ce pas l’enfermer dans un statut ? Et ainsi lui ôter tout pouvoir de répondre ? L’empêcher d'agir ?

Nous ne pouvons qu’acquiescer. La chose, effectivement – grâce à Elsa Dorlin – nous apparaît évidente, à présent.     
   


Marseille, photo : V.Chrétien
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