samedi 19 août 2017

Offrandes à la pensée, Dorian Astor, dictionnaire Nietzsche


Dorian Astor, Les bibliothèques idéales 

Lors de la présentation du dictionnaire Nietzsche au Goethe-Institut de Paris avec Dorian Astor, Jean-Luc Barré, Raphaël Enthoven, Mériam Korichi, Enrico Müller, Arnaud Sorosina et Léon Wisznia, Il y avait un jeune homme nerveux, brûlant d’angoisse,  très touchant.  Ce dernier, se leva d’un bond,  n’osant pas poser sa question, n’ayant de cesse que de se confondre en excuses, bafouillant des explications, baissant la tête, ne parvenant pas exprimer le fond de sa pensée, s’excusant mille et une fois de son autisme, se reprochant indéfiniment de ne pouvoir retenir le nom des intervenants, lesquels, devinrent : pour Enrico Müller, « L’homme assis sur la chaise noire. »… Raphaël, « L’autre assis sur le fauteuil vert. » ou encore Dorian « Vous, assis à côté de l’homme sur le fauteuil vert » ; belle leçon d’humilité, s’il en était besoin… Enfin, après moult efforts et plus encore d’encouragements, ce dernier parvint à formuler son excellente interrogation. Il s’agissait – en effet - de comprendre quel lien unissait des interventions aux thèmes très éloignés les uns des autres et aux contenus – en apparence - très différents.
Silence religieux dans la salle.
Après avoir écouté la réponse, non sans regarder tout autour de lui, bouger les bras, n’y tenant plus, le jeune homme saisit son sac tout de go et se dirigea précipitamment vers la sortie. Dorian, contrant la fuite d’ombre et d’angoisse,  l’arrêta avant qu’il ne sorte et compléta sa réponse.  
De fait, le corps anxieux se posa et resta jusqu’à la fin.
La sensibilité est sans artifice.
Il y a eu, ce jour-là. A cet instant précis. Au cœur de l’échange. Un hommage à la fragilité, entre ciel et grâce. Un pur espace de  délicatesse. Une offrande à la pensée.



Dorian Astor et Mickaël Foessel



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mercredi 9 août 2017

Patrick Chamoiseau, L'intensité hybride


Patrick Chamoiseau 26 mars 2017 - 
Salon du livre de Paris


La poésique - étrange phénomène d'intensification des mots par la perception musico-poétique - est une révélation. Ou plus exactement, une élévation. 

Igor Mitoraj - La chute d'Icare - 
Agrigente Sicile  2-08-17

L'esprit vigilant de Patrick Chamoiseau passant - avec une fluidité peu conventionnelle du mot brut, au langage perception, au sensitif - déconstruit les frontières des catégories, se joue des boîtes et des frontières, nous voici donc propulsés dans une langue diffractée.
 Que peut faire le poète face à une situation tragique ? Aux camps précaires ? Aux réfugiés ? Aux naufrages ? Aux morts ?




Naufrage, Sculpture réalisée avec le bois des bateaux naufragés
 Noto - Sicile 1-08-17


L'écrivain interroge les subjectivités. « L’artiste représente une expérience individuelle face à la totalité monde ».  Brise les " zones de confort",  désarme, aiguise les regards, casse les clôtures de l'esprit par les "structures imaginaires".
La parole poétique permet, en effet, de réveiller les consciences. D’exprimer l’innommable par une stimulation sensitive. L'incarnation des chairs. Une gamme linguistique parlant à tous grâce à l’art composite d’une esthétique partagée, d’un surgissement, d’une beauté complexe.

                                                                  Bref, d’une intensité hybride.






Vidéo Salon du livre de Paris, le 26 mars 2017
Patrick Chamoiseau et Aliocha Wald Lasowsky




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Galerie Photos




























mardi 11 juillet 2017

Vauban, le premier promoteur d'une guerre propre ? par Florence Raymond


Habit de remouleur 
Nicolas de Larmessin -1632


Que connait-on de Vauban ?

Les citadelles pentagonales ?  C’est entendu.  Vauban, nous rappelle la conservatrice Florence Raymond, est un ingénieur militaire hors pair.  Chose connue, l'étrange personnage a révolutionné l'Art du siège en théorisant l'usage des citadelles étoilées munies de casernes ; perfectionnement tout en force et défense des forteresses bastionnées italiennes.

Mais il y a mieux dans le domaine de la lutte.
Fait historique moins notoire, une grave blessure au visage pique le stratège d’un vif sentiment de fragilité. Conscient de ses responsabilités, Vauban devient alors le promoteur d'une guerre sinon dénuée de pertes humaines, au moins les minimisant considérablement. Autrement dit, l’architecte militaire érige les premiers contreforts  de la guerre propre.

"La sueur de ceux qui creusent plutôt que le sang du soldat au combat.", affirme-t-il dès lors.

Bien évidemment, cette manière d'aborder le conflit - par la construction d'une double ceinture de fer, la défense du pré carré,  par l'utilisation d'un travail de "sape", par l'usage, donc, de techniques réduisant à minima les corps à corps glorieux, - manque singulièrement de panache. Raison pourquoi, la noblesse désireuse de s’illustrer tente de discréditer l'empêcheur-de-tuer-en-paix en n’ayant de cesse de s’opposer à ses desseins.

Heureusement protégé par des victoires à répétition, Vauban n’en a cure.

Il insiste même et poursuit avec vigueur le combat des indignités humaines.

Inventeur du code "jaune" afin de prévenir les accidents en signalant les zones en travaux, le maréchal de France pousse encore plus fort l’extension de l’équité en échafaudant des théories subversives. Pensez donc. Le gentilhomme s’est mis en tête de nourrir les plus démunis et s’évertue à  vouloir réduire la misère dans les campagnes.  Son plan consiste à développer l’élevage d’animaux à croissance rapide, et à gestion peu coûteuse, en l’occurrence celle des porcs. Il entend également rendre l'alimentation des français plus équilibrée. Cela passe par la plantation de fruitiers le long de la ligne de défense afin de protéger le soldat tout en le fortifiant physiquement.

Enfin, le séditieux propose l'application d'une nouvelle forme de "Dîme Royale",  fiscalité répartie à raison de 10% des revenus pour tous, y compris les puissants.


Vision d'une pression financière plus équitable et finalement, éminemment moderne.









 Article Amis de Musées de Lille :



Objets particulièrement encombrants, les plans-reliefs ont, à plusieurs reprises, bien failli disparaître.

Heureusement, ces maquettes cartographiques, en réalité davantage  destinées à matérialiser  les victoires - des trophées donc - plutôt que des supports pouvant asseoir des tactiques militaires et affiner les plans de bataille - ont pu traverser les siècles.

Ces reproductions très précises, très fidèles au relief du territoire, représentent une prouesse technologique impressionnante : 1 à 5 ans de travail chacune, des relevés par triangulation performants faisant des spectateurs  " les oiseaux du monde".

Vauban, nous révèle la conservatrice Florence Raymond, est un ingénieur militaire hors pair et un stratège atypique.  Chose connue, l'étrange personnage a su perfectionner l'Art du siège en s'inspirant des forteresses bastionnées italiennes,  en théorisant l'usage de citadelles étoilées  pentagonales munies de casernes. Perfectionnement majeur tout en force et défense.

Fait historique moins notoire, Vauban est également le premier promoteur d'une guerre propre, dénuée de pertes humaines.

"La sueur de ceux qui creusent plutôt que le sang du soldat au combat.", affirme-t-il.

Bien évidemment, cette manière d'aborder la guerre - par la construction d'une double ceinture de fer, la défense du pré carré,  par l'utilisation d'un travail de "sape", par l'usage, donc, de techniques réduisant à minima les combats, - manque singulièrement de panache au goût de la noblesse de l'époque.

Plus anecdotique, Vauban rédige des théories afin de rendre l'alimentation des français plus équilibrée. Promeut la plantation de fruitiers le long de la ligne de défense afin de protéger les soldats et de les nourrir. Ou  - encore - propose l'application d'une nouvelle forme de "Dîme Royale",  fiscalité mieux répartie, touchant tout le monde, y compris les puissants. Cette vision d'une pression financière plus équitable est, finalement, éminemment moderne.

Vauban est enfin l'inventeur du fameux code "jaune", un marquage des zones en travaux devenu universel.

Vidéo passionnante - Arte 

jeudi 1 juin 2017

Les luttes féminines et la question du nous, par Estelle Ferrarese

Conférence claire et instructive d’Estelle Ferrarese, professeure de philosophie morale et politique à l’université de Picardie Jules Verne sur la question de l’émancipation des femmes, dispensée le 6 avril 2017 à la Maison Européenne des Sciences de l’Homme et de la Société.

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A Myriam

Etre le commandant solide ; seul maître à bord de sa personne. Pourquoi ce type de gouvernement s’observe-t-il si peu chez les femmes ? interroge la philosophe Estelle Ferrarese. Pourquoi sont-elles si peu mises en avant ? Pourquoi ne se sont-elles pas construites d’histoire telle celle des ouvriers, par exemple ?

Simone de Beauvoir, dans le Deuxième sexe, offre des éléments de réponses :

Les femmes ne se pensent pas en tant que sujet, c’est-à-dire seules, en opposition à l’autre mais se vivent avec l’autre. Ce positionnement solidaire n’est pas sans conséquence. Etre partie seconde d’une entité première : le mari, l’enfant, le père, le frère, interdit de hisser haut les couleurs personnelles.
Se suffire aux autres contredit toute possibilité de poser un « Je » fort et singulier.


Marseille - Photo Virginie - 
Le chêne parlant avril 2016 - Montée des Accoules

La présence invisible devient une normalité.       Pire, la prévenance, un dû.
Qui se rappelle derrière la grand-voile des enfants délaissés de la DDASS, l’effacement d’une femme s’oubliant au chevet des autres ? Entourant l’abandon d’un sourire. Enveloppant les manques, non de bons sentiments, mais d’actes solides, de réponses visibles, de solidarités concrètes ?
Qui se souvient de cette présence franche et affirmée, parfois sèche quand la situation l’exigeait, souvent maternelle et affectueuse quand la confiance s’était installée ? Qui loue encore les mérites d’une embarcation anonyme, tout à la fois gouvernail et passerelle, canoë et bouée, en tout cas, toujours prévenante et effacée.

Myriam Chrétien
Novembre 1927

A la vie masculine d’exténué-à-vouloir-gagner, la femme oppose une vie d’exténuée-à-vouloir-donner.
Une implication pleine et entière, dénuée de bannière personnelle, souvent invisible et solitaire. Dénuée de récompenses.

Cet état de non revendication – en effet – est clairement repérable dans l’Histoire où l’on peine à trouver des femmes voulant briguer le pouvoir pour elles-mêmes. Pensons aux figures scientifiques – Véra Rubin, Ada Lovelace, Jocelyn Bell. De brillants esprits ayant cherché sans éclat, ayant trouvé sans médaille. La persévérance n’est pas toujours avantageuse aux femmes.  

Par intérêt de caste plus que de genre, Germaine de Staël ayant intégré cette position seconde des femmes, tenta de sauver la tête de Marie Antoinette [1] à l’aide d’arguments de ce type. Selon le principe du :  Qui veut minorer la liberté, lui colle une dépendance, cette dernière insista sur la qualité d’épouse du Roi. Invoquant les vertus cardinales de tout bon sujet féminin, à savoir l’identité générique de base suivante : d’abord être fille, peut-être sœur, ensuite, être femme et mieux, mère.
Arguant, également, du fait de ne pas accorder à un individu femelle une quelconque importance historique.  


Marseille - 
Photo Virginie Le Chêne parlant - 
rue des Accoules - avril 2016

A côté de cette entreprise, rappelons-le, davantage commandée par une hiérarchie héréditaire qu’une appartenance de sexe, un autre fait sociologique s’esquisse, celui de la non-solidarité des femmes envers les spécimens de leur genre. Germaine de Staël, selon Enzo Caramaschi, plaidait pour la femme de génie sans espoir de recevoir un jour aucune solidarité féminine…  Du vécu, sans doute ... Au reste, l’épistolière n’appréciait pas plus que cela l’esprit princier de la reine, l’autre le lui rendant bien.   

L’absence de « nous » féminin ne date donc pas d’hier.
Les femmes, pointe Simone de Beauvoir [2], sont séparées des autres femmes. Aussi, dispersées géographiquement et psychologiquement, ces dernières ne se sont pas forgées de passé commun. En conséquence, les solidarités de travail, les communautés d’intérêt se sont avérées impossibles.


Marseille -
photo Virginie Le Chêne parlant - 
rue du petit puits - avril 2016 

Cela, n’impose-t-il donc pas l’apposition / l’opposition féroce d’un « Nous » ?
La féministe bell hooks a cherché à décrypter, à analyser les forces de dominations sociales cachées derrière le phénomène d’atomisation des femmes.
L’intellectuelle engagée repense la Sororité sous l’angle d’une solidarité politique, d’un engagement réciproque dans la lutte, refusant tout esprit victimaire, rejetant l’idée d’une fraternité fondée sur le socle d’une souffrance partagée, [3] la sororité de bell  hooks est une solidarité politique : de combat. Il s’agit d’affronter les désaccords, "de ne pas avoir peur du conflit, de rompre avec une mentalité colonisée". 

« Arracher sa capacité à modifier l’état du monde. », c’est d’abord comprendre les forces de domination en jeu. Cela passe par l’Intersectionnalité : soit l’étude fine des différents axes pouvant expliquer cet état d’infériorité sociale – voire d’infirmité, peut-on même avancer. Encore s’agit-il de questionner toutes les responsabilités, y compris – bien entendu – celle de l’exploitation des femmes par les femmes.
C’est également poser des mots sur des actes. En effet, développe Estelle Ferrarese, penser le phénomène du « Harcèlement sexuel », par exemple, c’est condamner la voix rapide de l’infamie, barrer les autoroutes des abjections faciles. Lesquelles, trop souvent, donnent droit de passage à l’acte répréhensible, accusent la victime - embouteillée de honte - de provocation insidieuse, et accréditent sans vergogne les raccourcis de type : « Bien fait pour elle, elle l’a bien mérité ». 

Etre acteur de l’émancipation (L’émancipation, rappelons-le, c’est le gain « d’une force de contrôle réflexif. Le contrôle des forces qui affectent les vies. ») nécessite de « se rendre maître des forces qui nous agissent ».

Par la lutte – par l’expérience collective - le sujet peut acquérir une texture politique, se former, se transformer, devenir le symbole de quelque chose de supérieur à lui.

                       Acquérir une identité, enfin.





Merci à Estelle Ferrarese de son aimable accord ainsi que de celui de Madame Martine Benoit, directrice de la MESHS.



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Quelques traversées salutaires en terre d'évasion...  


Qui se souvient d’Alice Guy ?

500 films...
Créatrice du film de fiction.




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France Culture : La compagnie des auteurs.


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Notes :

[1] Mme de Staël et Marie-Antoinette : deux femmes en politique,  Monique Cottret
http://books.openedition.org/pupo/2903?lang=fr
[2] Estelle Ferrarese, conférence.
[3] Estelle Ferrarese, bell hooks et le politique. La lutte, la souffrance et l’amour, Cairn, 2012, n° 52 « sur une sympathie réciproque née de la souffrance partagée. »
https://www.cairn.info/revue-cahiers-du-genre-2012-1-page-219.htm

vendredi 14 avril 2017

Yasmina Khadra, La mécanique du cœur et de la création au salon du livre de Levallois.

La mécanique du cœur et de la création.


Yasmina Khadra et Karine Papillaud 
Salon dulivre de Levallois
-26-02-17 -Photo Virginie Le Chêne parlant-

« Il n’y a rien au-dessus de la vie. »
Yasmina Khadra.

Connaitre  le prix de la haine, n’évite pas  d’y sombrer.
Sentir le prix du sang, n’empêche pas d’empoigner le métal, de déchirer les chairs et de goûter  la dureté du fer.
Alors comment dépasser la logique de la destruction ? Comment contrer la barbarie ? Vivre sans se rigidifier ? Comment résister aux ténèbres ?

Pas facile.
  
 Sortir de l’enfer – quoi qu’on en dise – n’est pas qu’affaire d’affirmation et de volonté.
L’obstination tenace n’évite pas les ratages du train en joie. Etre à l’heure sur le quai  n’interdit pas de glisser sur le marchepied.  

« La littérature, confie l’écrivain Yasmina Khadra à la merveilleuse journaliste Karine Papillaud, c’est ce qui permet d’habiller la nudité du monde. D’ouvrir un véritable paradis. »

Avec Yasmina Khadra, on peut être sûr, en effet, d’entendre les murmures oubliés, de percevoir les cris piétinés et de sentir l’onde de choc des ébranlements ordinaires. Non pour s’en griser mais pour poser une voix, plonger au fond des manques, être à l’écoute de l’autre et – paradoxalement – venir à son propre secours.    



Est-ce que la flamme de la création commence tout au bas de soi ?  

Pour le Yasmina Khadra «  Forgé par les épreuves » - celui placé dans une école militaire à neuf ans, jeune enfant  soumis aux brimades, pour le bambin enfermé dans une caserne, réveillé à coups de pieds dès 5 heures du matin, pour l’être à la tendresse orpheline courant pour trouver une place au réfectoire, pour le solitaire exposé aux conditions précaires… sans aucun doute.

Yasmina Khadra n’a jamais baissé les bras ni tenté d’oublier.
L’écrivain gagne tous ses combats sur le ring de l’écrit.
L’humble guerrier ne veut pas être otage de l’Histoire. Et s’il tourne la page, c’est celle du livre mettant  la grande histoire à genou de la petite. Pour lui, créer, c’est - déjà – ne pas céder. Romancer, c’est se dresser contre l’infamie. .

Aussi, tandis que nous nous posons encore la question : « Que fais-tu de cela ? Que fais-tu de ce motif  de révolte ? Comment vas-tu aborder ce sujet abjecte ?

Lui,  observe. Goûte.  Laisse  « la brise enlacer la sveltesse des chaumes ». 

Fait de cet homme « accroupi sur un amas de pierraille » un monde.

 « Les coups durs, loin de nous terrasser, nous rendent plus forts. »  dit-il encore. Ma vie a certes été un jalonnement de problèmes, de déboires, de déconvenues… Mais la chose la plus précieuse au monde, c’est la vie. J’écris dans un bonheur absolu. Dans la musique. Pour que les lecteurs dansent et chantent avec moi.

L’Histoire, c’est nous, ajoute-t-il avec ce sourire désarmant des âmes chaleureuses.

      Dire ce qui a été, incontestablement, avec Yasmina Khadra, est un acte de résistance.


                          Brandir le flambeau de la plume est capable d’éclairer bien des ténèbres, en effet. 






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Entretien avec Yasmina Khadra

Je crois dans l’homme.

L’écriture a formaté ma personnalité. 
L’écriture est une question de sensibilité. Une façon singulière de voir le monde.
Tout vient de l’expérience.

Il faut aimer les livres. Le livre est une ouverture sur le monde. 

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L’anecdote ne fait pas le détail mais tisse l’intense des déboires, déconvenues, et autres de coups durs aux linéaments d’une vie parsemée d’abjections.

« L'homme a un complexe d'infériorité devant la femme, affirme Yasmina Khadra. L'homme, depuis tout petit, a pourtant toujours été materné par elle. Même grand, c'est elle qui s'occupe de lui, qui l'oriente... L'homme c'est l'incarnation de l'ingratitude. Pour lui prouver qu'il a grandi... que fait-il ? Il essaye de la dominer. C'est une question d'ingratitude. Ma mère a été de tous les combats et n'a jamais été heureuse plus de cinq minutes. Jamais. Seulement cinq minutes. Parfois, étant croyant, je me tourne vers Dieu et je lui dis : "Laisse-moi au moins la savourer pendant une demi-heure. Laisse-moi la voir heureuse une demi-heure !"
Ces derniers temps, j'aime de plus en plus ma femme... Même elle est étonnée... Sans la femme, jamais je n'aurais réussi quelque chose dans la vie. Et les hommes s'ils sont malheureux, c'est parce qu'ils n'ont jamais réussi à mériter la femme. Et je leur propose simplement d'essayer d'être heureux aux pieds des femmes. C'est le meilleur endroit pour accéder à la plénitude. Je le dis sincèrement. » 

mercredi 22 mars 2017

Hubert Reeves, l’ultime guerrier de la déraison ?



Nicolas Martin et Hubert Reeves 
 25-02-17

L'homme, par son extrême intelligence, ne constitue-t-il pas le plus grand danger pour sa propre survie et la préservation de la planète ? 
Où en sommes-nous ? 
Qu'est-ce qui vaut la peine d'être sauvé ?

L'astrophysicien Hubert Reeves - droit dans ses arguments et solide dans ses convictions - affronte en compagnie de Nicolas Martin ces questions épineuses où les bataillons des intérêts particuliers et ceux des égoïsmes aveuglants, accompagnent implacablement l’économie guerrière actuelle… Ce qui frappe chez cet infatigable militant du cœur, c’est son indécrottable optimisme : son refus de s’abandonner aux affres d’un défaitisme légitime.

Certes, si l'on se place du point de vue de la planète, la situation est-elle catastrophique, reconnait-il bien volontiers. Mais faut-il pour autant abandonner le combat ?  Pour nos enfants et petits-enfants, ne vaut-il pas mieux refuser – justement - cet inéluctable arrangeant ? Face à une situation glaçante, ne devons-nous pas combattre avec ferveur ? Demeurer opiniâtrement optimistes ? Nous interdire de baisser les bras ?

La science – contrairement à l’objectivité reçue – n’est pas le terrain de la vérité mais le champ du plausible. Sa force réside dans ses capacités de questionnement, ses raisonnements longs, ses remises en question incessantes. Ses réflexions. Ses refus des évidences. Ses arguments catégoriques. Sa logique de résistance prouvant ses affirmations, pouvant contrer l’arbitraire. Disant non.
Ne serait-il point dommage, interroge le regardeur du ciel et l’observateur lucide de la terre, de perdre ce qui nous fonde en humanité ? D’anéantir nos capacités de raisonnement, d’effacer notre propension à nous émouvoir, d’éradiquer notre inclination à aider les plus faibles ?

Puisque nous sommes les champions de la pensée abstraite, défendons les trois essentiels de l’humanité...  


Nicolas Martien et Hubert Reeves 
photo Virginie Le chêne parlant 25-02-17

Élément stupéfiant numéro un - évoque avec une passion contagieuse Hubert Reeves - notre capacité de création inédite : L'art et la Culture.
Deuxième élément stupéfiant : La science.
Troisième matière à stupéfaction : La compassion.

A-t-on déjà vu – en effet – d’autres animaux se préoccuper à ce point de l’autre ? Jusqu’à souffrir ? S’anéantir ? Se sacrifier pour lui ?

Ne serait-il point dommage - la question, au vrai, est là - de perdre cette mutation animale inédite ?  
            Cette déviance humaine, 

                                   ce syndrome envahissant du cœur et de la déraison ?






lundi 13 février 2017

Anne Boissière - L'Art du sentir.



Anne Boissière- Cité philo - Photo Virginie Le chêne parlant 12-11-16


Evénement Cité Philo
Merci à Gilbert Glasman de ces échanges amicaux.



     L’écoute, la réception, l’abandon aux sens sont vécus comme lieux de l’inutile, instants où la passivité offre un paysage sans intérêt à perte de temps.
Comment, dès lors, provoquer des partages affectifs ? Comment sentir l’espace ? Allumer l’étincelle du vivant ? Comment voyager en terre de saisissement ? Convoquer cette lueur clandestine où bouillonnent les vapeurs sensitives ?  Spirituelles ?
La  Directrice du Centre d'Etude des Arts Contemporains, Anne Boissière, bat la pensée au rythme de l'émotion, de la finesse et de l'affectivité, voit le mouvement comme principe de résonance, de vibrations.
   Place au saisissement.
      Plein des dimensions primitives de pensées, on se laisse gagner par de salutaires arrêts sur vitesse.
 Pause. 
        Enfin, se poser. Se reposer. Etre là.


                    Anne Boissière- Cité philo - Photo Virginie Le chêne parlant 12-11-16



Traversée :
Walter Benjamin voit dans la « Narration », un mode de communication : le lit d’un partage affectif, tout en rapport à l’autre.  Accordage.  Contact.
La réunion d’une communauté.
La narration organise une relation entre les hommes, évoque la professeure d'esthétique à l'Université de Lille 3. Le narrateur écoute et transmet, fait part de son vécu et de ce qu’il ressent. Organise une relation langagière effective, un « champ de présences » , une tonicité où la pulsion des mots est une impulsion vers l’autre.
     Effectivement, les mots du poète sont la preuve d’une certaine unité cérébrale... L'essence d'un texte peut enivrer. Montrer, guider, ouvrir tout en fermant les yeux.

Voyage vers l’ici où la parole est humaine et la pensée saisissante.
 Là où le roulis du texte peuple l’instant d’instants. Là où l’on ne se préoccupe ni de faim ni de soif. Là où le moment vous emmène avec soi et vous tient par l’esprit. Des flots d'images adviennent.  Le courant emporte.


        Gagne en partage d’instants.  Nous rend tout-à-fait ensembles, présents à autrui.









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mercredi 1 février 2017

Edward Hopper - La texture acide de la modernité


Self Portrait By Edward Hopper (Domaine public)


« Quels sont mes rêves ? Je ne sais.
 J’ai déployé tous mes efforts pour arriver à un point 
Où je ne sache plus à quoi je pense, à quoi je rêve,
Ni quelles sont mes visions.
Il me semble que je rêve de toujours plus loin,
Et de plus en plus le vague, l’Imprécis, l’invisionnable. » 
Fernando Pessoa, Le livre de l’intranquilité, p 262. 


Edward Hopper - Nighthawks (Domaine public) 


Wanderer’s Nightsong de Johann von Goethe est une des poésies préférées de Hopper,  souvent lue à voix haute  :      Hopper - gas

"Sur tous les sommets tout
Est tranquille maintenant,
Sur toutes les cimes d’arbre
Ecoute, toi
A peine un souffle ;
Les oiseaux sont endormis dans les arbres :
Attends, bientôt comme ces derniers
Tu te reposeras."
Edward Hopper –
Lumière et obscurité 1) p 162-163.


Guinilla Lapointe

Le mouvement de la modernité implique puissance, agitation, vitesse, grandeur, technique. L’interprétation du siècle réduit à son hubris pour être vraie est un peu courte.   
L’effet contemporain réside dans l’expansion du tout possible - à grande échelle. La modernité procure un effet original : celle d’une vie auto-réalisatrice. L’idée d’une intelligence créatrice du chemin qu’elle emprunte, d’un individu obsédé par la construction de son destin, architecte de son avenir – du fatras vous accompagnant jusqu’à la mort, communément appelé « Vie ». 


Vidéo pédagogique sera désactivée ou enlevée sur demande.

Conférence de Gunilla Lapointe (pardon pour l'écorchure du prénom dans la vidéo) du 16/12/12
donnée à l’Auditorium du Musée des Beaux Arts de lille (PBA)
intitulée : « Invitation à l’Art : Edward Hopper. »
Merci à Gunilla Lapointe pour cette gracieuse conférence
ainsi que son élégant accord à la mise en ligne des vidéos. 
Merci également à la Présidente des «Amis du Musée »

Naturellement, métamorphoser l’imaginaire rêvé en réalité sonnante et trébuchante, bâtir la pyramide de son ambition sur les bases de son libre arbitre, relèvent d’un morceau de bravoure.
L’entreprise réclame une énergie phénoménale – une hardiesse – un vouloir incommensurable.
Aussi l’infortuné ne ménage-t-il pas ses efforts pour gravir l’Everest de sa liberté, c’est-à-dire non seulement décider de sa voie mais dessiner son chemin, faire advenir ses  idées de grandeur. Sa folie consiste à se dissoudre tout entier dans l’obsession de ses perspectives, de self-made-man le voici devenu self-made-avenir – esclave de lui-même, il s’abandonne aux renoncements, creuse sans relâche, pousse inlassablement le granit de ses désirs. Le projet nécessite une ascèse stricte. Un travail rigide – sans s’écarter d’un régime déraisonnable - intégral. Qu’importe, puisqu’au bout de l’horizon brille la lueur du lendemain rêvé.    

La réalité pour Hopper, c'est la reconnaissance à 42 ans, c’est passer par des ébranlements. Des univers d’espoirs, des empires d’idéaux. Des assurances de réussite ont tremblé, la flamme d’un individu maître de sa vie s’est chaque année étouffée un peu plus ; le travail dans l’illustration commerciale l'a vieilli prématurément. 3)
Ses tableaux se chargent d’émotions ;
les contingences le rattrapent – et vite.

Edward Hopper connaît les réalités humaines. Le mythe du bonheur accessible par le travail. Les répliques récurrentes lourdement négatives prononcées par les prescripteurs 2)… Lesquels, sensibles aux profits se détournent du type n’étant pas quelqu’un. 
Les bons conseils – sans doute – des peintres de galère ne tarissant pas de : « Tu devrais, tu aurais dû. Ça aurait été mieux si… »
Comme si Hopper n’était pas le juge plus dur, le plus impitoyable, de son propre travail. Comme si chaque détail, chaque cadrage, chaque lumière n’avaient pas été pensés, calculés, mesurés, soupesés. Comme si bourreau de lui-même, l'artiste n'avait eu de cesse de remettre son travail de douleur à plat. 


Edward Hopper - Bleu soir (Domaine public)

D’abord en 1914, ce « Soir bleu » tout de vibration, tout de sensation rimbaldienne*, auquel Edward Hopper tenait tant. (Le site "Artifex in opere" de Philippe Bousquet en propose une analyse très détaillée.)

Sensation

Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers,1914_Soir_bleu-leger.jpg
Picoté par les blés, fouler l'herbe menue,
Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l'amour infini me montera dans l'âme,
Et j'irais loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la nature, heureux comme avec une femme.

Arthur Rimbaud, 1870.

Toile incomprise – retrouvée après sa mort, roulée – cachée - enfouie dans l’atelier.
Le peintre s'y est représenté de dos, nous indique l'historienne des arts Gunilla Lapointe, entre le couple de demi mondains à droite, le souteneur à l’extrême gauche. Devant lui, j'ajoute un clown de mascarade à peine sorti du spectacle de cirque auquel il participe, à sa gauche un artiste - Vincent Van Gogh ?... La ressemblance est frappante, tout de sensibilité de coeur - inadapté au monde. Sans oublier cette prostituée plantée, brillante et inconvenante – si proche de l'artiste n'osant pas, coincé, puritain -  et si lointaine.

Ces refus, ces échecs ne rendent pas plus fort … Mais peu à peu ont eu raison des exaltations créatives du peintre. 4) Le hasard d’un critique – légèrement plus sagace – n’y change rien. Le mal est fait. Edward se montre chaque jour un peu plus taciturne, plus détaché, toujours plus lucide, encore plus insensible. Il ne peindra guère plus qu'une ou deux toiles par an à la fin de sa vie. 
Mais il n'en est pas encore là, pour l'heure, Hopper entre dans une clairvoyance glaçante.  



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1929 Chop Suey
Les diagonales sont des verticales abyssales. 
L’image de ces êtres animés de fixité – exténués. Que leur manque-t-il ? Ont-ils perdu leur âme ?
Cette absence. Ce silence. Ce détachement. Ce lugubre surgissement du quotidien.
Ces personnages – miroirs d’eux-mêmes – en pointillé, que possèdent-ils ?
Hopper peint... La même toile, toujours, encore...
La vie inconsistante, l'existence indigeste.

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 «Je ne sais pas si j’aime les êtres humains », dites-vous en 1935 au moment où vous peigniez « House at Dusk »*.

Hopper continue... 1940 Gas à la tombée du jour.
Les trois divinités au pied desquelles l’homme s’incline. Ces pompes sphériques derrière lesquelles le pompiste confesse sa détresse sont des impasses, des sens interdits. Sans espoir. 

Vidéo :


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« La tombée du jour.
Un moment de calme dans un travail harassant, épuisant.
La banalité de la vie.»
Guillia Lapointe.


En 1942 Night Hawks...



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Chaque client porte en lui des songes de marbre – surface lisse – dense. Leurs regards vitrifiés par toutes ces possibilités qui ne se sont pas réalisées sont dénués d’agitation, d’émotion. La perspective d’une vie légère, ce libre arbitre, qu’en reste-t-il ? Le quotidien a pris des semelles de plomb. Le réel a tué le possible, conduit vers aucune fusion – aucune réciprocité – aucun partage – aucune participation  - aucune relation. Chaque placidité, enfermée dans son inquiétude a l’œil  penché sur le vestige de ses espérances. 



ou le « culte du soleil nouveau », nous révèle Guillia Lapointe. Hopper s'y est représenté à gauche,  lisant la république de Platon.
L’ héliotropisme, ces personnes s’abandonnant à la chaleur d’un soleil – dans ce moment de pose et d’attente – ce groupe cherche un absolu sans perspectives. L’espace est vide. Tout est faux déserté, simple – encore plus simple – dépouillé – toujours plus dépouillé.
L’intensité sensible de la tromperie où l’impassibilité des vacanciers rend plus lisible encore leur impuissance – . Les transats sont des chaises de spectacle. Le rayonnement une projection , un formidable événement de lumière, une mise en scène.   
C’est un monde frappé de lumière,  désespéré, célébrant un soleil souverain sous lequel il s’abandonne. La foi renouvelée, une confiance absolue dans cette modernité radieuse et  glorieuse. 

Une révérence... rideau.


Edward Hopper - Summer Interior (Domaine public)

Le dernier acte tombe. La conquête du monde, toutes ces substances de la modernité, cette possibilité d’une réalité enchanteresse – aussi extraordinaire, belle, n’est plus qu’un lointain souvenir.
Les personnages d'Edward Hopper ont la justesse des comédiens perdant leurs masques. Leurs visages sont des avertissements. Libérés de leurs croyances modernes – inconsolables -  certains que rien ne peut vous libérer. Leur état est sans espoir … 

                Des résidus  n’attendant plus rien, 

            Leur tranquillité est l’ultime soubresaut des lignes brisées. 



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      * Gunilla Lapointe.

1) Edward Hopper – Lumière et obscurité – Gerry Souter – Parkstone international – Isbn : 978-1-906981-63-1
2) « (1913) Il était loin d’être le peintre qui avait le plus de succès et il n’était en rien une personne qui affectionnait la vie sociale. Son travail avait été rejeté par les jurys d’exposition où il avait été admis à contrecœur alors que ses pairs exposaient sans aucun problème. Il travaillait dans leur ombre, mais rarement en leur compagnie.  Il semblait chercher la clef du succès de tous ces peintres en allant là où ils trouvaient leurs sujets. Le monde de l’art américain offrait de nombreuses et diverses sources d’inspiration mais Hopper choisissait pourtant de marcher sur les pas de ces artistes. Il créait des tableaux qui laissaient la critique indifférente et ne se vendaient pas. Malgré la vitalité croissante du paysage artistique américain, Hopper devint un homme de 1.92 mètres invisible. Il continuait à passer inaperçu parmi ces peintres à succès. » Edward Hopper – Lumière et obscurité – Gerry Souter -  p 44.
« Février 1915 au MacDowell Club…
Coin de rue à New York reçut une approbation générale, mais Soir bleu fut Qualifiée telle une collection minable « … de Parisiens et buveurs d’absinthe endurcis ». La scène reflétait la débauche de la vie du demi-monde à Paris, la « Babylone moderne ». La francophobie ambiante annula toute valeur que le tableau aurait pu avoir en tant qu’analyse intéressante et émouvante de ses personnages… Aucun tableau ne fut vendu. Soir bleu fut enlevé et enroulé pour être redécouvert seulement après la mort de Hopper. » Edward Hopper – Lumière et obscurité – Gerry Souter -  p 50. 
 [vers 1920] : « Les membres du groupe du MacDowell, C.K. Chatterton, Sloan et les autres se réunirent pour organiser une exposition de leurs œuvres les plus récentes. … Cette exposition fut comme la précédente. Ce fut une déception. Il ne vendit rien. » Edward Hopper – Lumière et obscurité – Gerry Souter -  p 56.
3) […] Pendant qu’il travaillait comme un esclave pour Country Gentleman Magazine, la lassitude que Hopper ressentait vis-à-vis  de l’illustration sembla claire à l’éditeur de la revue, A. N. Hosking. Pour arriver à garder  le bon travail de l’artiste et tenter d’alléger sa frustration, il suggéra que Hopper change de moyen d’illustration pour l’aider à retrouver sa créativité. Il l’incita à essayer la gravure. 
[…] Ce nouveau procédé sembla revigorer son agitation créative…  […] On ne lui confiait jamais de grandes missions à cause de son incapacité à peindre le charme fragile des jolies filles et de son refus total de devoir se plier aux exigences des directeurs artistiques des grandes revues. » Edward Hopper – Lumière et obscurité – Gerry Souter -  p 56.
4) « (En 1921) … Alors que Hopper était debout parmi les ruines de ses anciens tableaux, un critique d’art du journal Tribune arriva par hasard et loua les vertus des gravures de Hopper qui étaient exposées sur les murs de l’Académie. Frank Rehn [vendeur de gravures] sentait que le travail de Hopper avait quelque chose d’intéressant mais il ne savait pas exactement quoi. Il accepta donc les gravures en dépôt. » Edward Hopper – Lumière et obscurité – Gerry Souter -  p 66.
P 67 : En 1923… deux gravures sortirent vainqueurs, gagnant le prix Logan de l’Art Institute (25 dollars) et le prix M. et Mme William Alanson Bryan…
P 86 : L’année 1924 fut une année magique pour Hopper. Son travail se vendait et tout laissait prédire qu’il pourrait enfin cesser de travailler dans l’illustration commerciale. 
P 166 : avril 1945… il répondit à la lettre d’un psychologue, Dr Roe, afin d’expliquer son travail. Hopper indiqua au sujet de ses critiques, entre autres :
« Ils n’ont pas une grande opinion de moi en tant que coloriste, ce qui, je pense, est juste si vous considérez la couleur en soi. Ils n’ont pas non plus une grande opinion de moi en tant que concepteur, ce qui, je pense, est juste si vous considérez la conception en soi. Cependant, ces dernières critiques ne me dérangent pas, car mon intention dans la peinture est loin de vouloir considérer la forme, la couleur et la conception comme une fin en soi. » 

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SITE   




Hasard du calendrier notre chère Adèle Van Reeth traite du mythe de la caverne de Platon,

Hopper, souligne Gunilla Lapointe s’empare de ce sujet, établissant un rapprochement avec le cinéma,  dès  1939.


 New York Movie, by Edward Hopper

Une belle occasion d’écouter « Les nouveaux chemins de la connaissance » et Monique Dixsaut.
Adèle Van Reeth et Raphael Enthoven       


 Adele Van-Reeth et Raphael Enthoven
   

 Le Gai savoir. Platon - le banquet.


Toiles en grand format de Hopper.
(Cliquer sur le titre de la toile en bleu.)

Sous un ciel brouillé.

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Emission d'Alain Finkielkraut - Réplique avec :

Hector Obalk, historien de l'art et critique d'art français
Didier Semin, professeur d’histoire de l’art à l’École Nationale Supérieure des Beaux-arts à Paris. Auteur

Hopper est-il un grand peintre ?     



Girl at Sewing Machine by Edward Hopper (Domaine public)
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La première élégie :

"Qui, si je criais, m’entendrait donc, d’entre
les ordres des anges ? et supposé même que l’un d’eux
me prît soudain contre son cœur, je périrais
de son trop de présence.
Car le beau n’est rien
que ce commencement du Terrible que nous supportons encore,
et si nous l’admirons, c’est qu’il dédaigne, indifférent,
de nous détruire. Tout ange est terrifiant.
         Du coup, je me contiens, je ravale le cri d’appel
d’obscurs sanglots. À qui, hélas, pouvons-nous
recourir ? Ni aux anges, ni aux hommes,
et les bêtes sagaces, flairent bien
que nous ne sommes pas vraiment en confiance
dans le monde expliqué. Tout juste s’il nous reste
un arbre ou l’autre sur la pente, à revoir
jour après jour ; s’il nous reste la route d’hier
et quelque fidèle habitude, trop choyée,
qui, de se plaire auprès de nous, ne repart plus.
         Et j’oubliais : la nuit, quand le vent chargé d’espaces
tire sur notre face – à qui manquerait-elle, la nuit désirée,
doucement décevante – peine et menace
pour le cœur solitaire. Est-elle aux amants plus légère ?
Ah, ils ne savent que s’entre-cacher leur sort.
         L’ignores-tu encore ? Que tes bras ajoutent leur vide
aux espaces par nous respirés, et les oiseaux peut-être
éprouveront l’air élargi d’un plus intime vol."

 R. M. Rilke, Les élégies de Duino, traduction et postface de Philippe Jaccottet, La Dogana, 2008, p.


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