dimanche 17 mai 2020

Entre-deux - Yann Tiersen - Porz Goret

Sans espace ni masque,


Sans lumière ni ombre,


Un au-dessus du sombre,


A la recherche des pupilles lâchant les armes,


Aux joues bercées de charme,


Là, entre soi et les autres,


Seul au sein des yeux perdus,




Chargeant sans cesse l’instant,


De multiples accords,


Et pourtant,


Saisissant au creux de l’espace,


La lueur d’un être,


Sans lieu ni pourquoi


mais peut-être,




A affût  du mystère,


Cherchant la brume saisissante,


Goûtant la lenteur effleurant,


Là présente,


D’une matière éclairante,




Comme le condensé,


D’un regard soulevé,


Par l’éclat des ombres,


La fugace beauté,


D’un visage bercé


De décalages légers,


Aussi subtils qu’une flamme


Vibrant à l’air des âmes.




Et moi, tout debout,


Sans choix, éperdu,


Vivant sans accord fixe


Mais saisissant les eaux piquées de larmes,


Buvant les volutes roulant aux pieds,


Jouant 


Saisi dans  cet espace épais,


Autant de temps laissés,


Autant de chocs superposés,


Sans avenir ni passé




Un temps,


Où le rien vous frôle sans s’arrêter,


A la recherche d’un visage,


Muet à force de tout dire,


Léger d’une lourdeur évasive.




Tous ces mots que je connais,


Le roulement respiré,


Des portraits familiers,


La sonate habitée,


Des textes recherchés,


Tu es là,


Oui,


Tout est là.


Si proche et pourtant…




Petite marche vers l’avant,


Où l’infime suspend la saveur,


Du pas sensible et incertain,


Malhabile et puéril,


Imprécis et vibrant,




Un moment proche,


Où assurément,


Tout est toi,


Et pourtant. 

HAVASI — Prelude | Age of Heroes



La maîtrise n’est pas de lenteur mais de précision. Millimètre par millimètre. Mouvement après mouvement, comme une note posée à l’endroit parfait des profondeurs. Là. Lourde de suspensions. Lucidité faite de vibrations alternées. Appel aux chants de la mémoire. Vague passagère chargée de tensions extrêmes. Il s’agit… de… tenir la nuance. Un rien féroce. Sans langage – ni lumière – mais d’envolées criées ; un moment simple appuyé – creusé au milieu des consciences - un appel laissé comme une arme jetée sur le récit perdu des réalités âpres.




jeudi 23 avril 2020

Le rêve. Texte écrit en 2010 pour un livre incertain.


Le rêve

Une nuit, alors qu’il avait dormi peu et pourtant trop, déjà…
Depuis la fac, il avait peu à peu développé la faculté de dérouler, avec une précision remarquable, la bobine du cinéma nocturne. Un matin, par exemple, au sommet de sa forme, il avait détaillé sa nuit très lucidement. Ses intervalles lourds et tranquilles, ses périodes paradoxales et agitées. Il avait acquis la faculté d’être l’observateur de lui-même. Le chercheur expert de son propre moi. Il avait rêvé trois fois, accédé à chaque histoire, intensément, lucidement. Il avait considéré chirurgicalement, d’une façon critique les trois histoires/ une longue/ deux courtes/ splendides ou lugubres/ extraordinaires/ qui avaient jalonné son sommeil. Ça l’avait mené de la brousse sauvage aux vestiges de l’univers jusqu’aux trottoirs sordides d’un quartier délabré. Au réveil, il avait pris l’habitude de consigner dans le petit carnet spirale l’étendue de ses impressions, ses chocs, ses émotions. Ce travail intellectuel eût pour conséquence immédiate d’améliorer considérablement sa mémoire. Aucune parcelle de son inconscient, aucune pensée n’échappait à sa vigilance. Puis/ depuis peu / une compétence intellectuelle se développa plus encore. Concrètement, il n’était pas rare qu’il se déplace physiquement dans ses rêves. Libre d’esprit et de ses mouvements, il s’introduisait comme le visiteur d’un musée ordinaire au sein même de ses chimères.
A force, le champ de sa volonté s’était élargi considérablement : il insufflait à son inconscient la direction à suivre, la voie à emprunter. Avait-il envie de voyager ? Qu’à cela ne tienne : il visitait New York ou Bali, il nageait dans un lagon ou flottait sur la mer rouge, il grimpait sur des baobabs ou traversait le désert de Gobi. Lui prenait-il l’envie de voler ? Rien de plus simple : il braquait son esprit en un point creux, tendait à l’extremum la volonté du vide… En un centre. Sans pensées. Lourd. Grouillant de matière. Plein d’énergie. Le vide et le néant. Le tout… et il décollait… Il venait d’atteindre une maîtrise de soi hors du commun. Des sommets d’autocontrôle. Il passa alors les moments les plus fantastiques de sa vie. Dans les rêves, l’irréalité se matérialise. 
Il est certain qu’avec de telles dispositions/ à quelques rares exceptions / il passait des nuits extraordinaires. Il limitait les désagréments.
Cependant, il aboutit/ sombre présage/ par deux fois sur un cauchemar. Celui là même qu’il avait encore renouvelé hier. Le bâton froid de l’effroi venait entraver les rouages huilés/ mécaniques/ de ses nuits. Il n’avait rien modifié pourtant. Le rêve se déployait dans l’univers convenu et cadré du bureau d’archi. Rien  de plus normal, à première vue. Il avait conscience qu’une autre façon d’enjamber la vulgarité bornée de la vie quotidienne est de la penser, la modifier et pourquoi pas la sublimer. Aussi le bureau de ses rêves était-il distinct de l’ordinaire : déraisonnable, extravagant. Assez divertissant et attrayant, finalement. Sans conséquence. Sophia jouait au piano des compositions harmoniques. Elle dégageait une joie sensuelle combinée à des vibrations complexes, spirituelle. Son souffle. La coloration. La friction des voix se mariait à l’excitation distillée par la musique. C’est ensuite que tout basculait inexplicablement. 
Il marchait vers ?… vers l'inconnu… Un chemin serpentin gris caillouteux se déroulait à l’infini sous ses pieds… Un glissement… Autour de lui, la nuit se faisait ténèbres. Des nébulosités opaques, lourdes et angoissantes, effrayantes, l’agressaient avec violence. Il se mettait à courir. Une seule idée : fuir/ partir/ filer/ s’échapper, le taraudait. Le cœur claquait à tout rompre. Puis, soudainement, la chute… Un précipice… Il se trouvait dans un autre lieu. Une cage d’ascenseur profonde et ténébreuse le plongeait dans un abîme. Un gouffre noir et oppressant, sans fond. Il croyait pourvoir surmonter cette peur mais, non… rien à faire… il disparaissait / la descente semblait interminable, exponentielle, inexprimable/ le froid, la profondeur. La peur. La terreur. La mort. Inextricable. Si prégnante. Le néant !
Ça s’empare de l’âme, le néant !
Ça étrangle, ça asphyxie, le néant !
Se réveiller ! Il se retrouvait assis dans son clic clac, les yeux exorbitants. Le dos en nage. Tremblant et vacillant.
Brisé.
Plonger dans l’oubli. Vite !

mardi 21 avril 2020

Jardin secret, poème rédigé pour le pianiste Yann Crépin


Merci à Yann Crépin de sa confiance concernant mes textes.


Jardins secrets


Au creux des jardins, sous les arbres ciselés de soleil, l’amour s’allonge sur l’herbe vagabonde. Sentiments aux mains croisées derrière la nuque. Endroit, où, posées au bord du vert, les pensées étales s’enveloppent d’herbes folles, où les jambes aux humeurs calmes accueillent le sol pour mieux soulever l’aridité des jours, où les paupières intérieures ont le ciel pour terrain de jeu, où tout ce qui compte n’est ni de la conquête ni de l’avancée mais de l’ordre du toucher… Sensations ralenties au temps des vents légers. Eveil d’un insecte heurtant la joue. Vol d’un papillon contaminé de couleurs. Courbe d’un blé effleurant l’espace. Comme ça. Là. Présent. Entre douceur ouverte et respiration volée aux instants mêlés... Aussi, lorsqu'on y prête attention, lorsqu’on s’arrête, on entend la parole de l'eau qui crépite sous la terre. Ce n'est ni un chant, ni un murmure mais l’écoulement flûté des moments précieux. La fluidité cristalline des souvenirs frappants. L’inspiration d'un paysage soufflé de lumière - enragé – perçant un fin voile de brume. La nuée Alizé des consciences adossées aux vertiges... L’épaisseur moelleuse des profusions chlorophylles qui s'évaporent dans l'air et fermentent la mémoire d’alchimies serpentines.