jeudi 23 avril 2020

Le rêve. Texte écrit en 2010 pour un livre incertain.


Le rêve

Une nuit, alors qu’il avait dormi peu et pourtant trop, déjà…
Depuis la fac, il avait peu à peu développé la faculté de dérouler, avec une précision remarquable, la bobine du cinéma nocturne. Un matin, par exemple, au sommet de sa forme, il avait détaillé sa nuit très lucidement. Ses intervalles lourds et tranquilles, ses périodes paradoxales et agitées. Il avait acquis la faculté d’être l’observateur de lui-même. Le chercheur expert de son propre moi. Il avait rêvé trois fois, accédé à chaque histoire, intensément, lucidement. Il avait considéré chirurgicalement, d’une façon critique les trois histoires/ une longue/ deux courtes/ splendides ou lugubres/ extraordinaires/ qui avaient jalonné son sommeil. Ça l’avait mené de la brousse sauvage aux vestiges de l’univers jusqu’aux trottoirs sordides d’un quartier délabré. Au réveil, il avait pris l’habitude de consigner dans le petit carnet spirale l’étendue de ses impressions, ses chocs, ses émotions. Ce travail intellectuel eût pour conséquence immédiate d’améliorer considérablement sa mémoire. Aucune parcelle de son inconscient, aucune pensée n’échappait à sa vigilance. Puis/ depuis peu / une compétence intellectuelle se développa plus encore. Concrètement, il n’était pas rare qu’il se déplace physiquement dans ses rêves. Libre d’esprit et de ses mouvements, il s’introduisait comme le visiteur d’un musée ordinaire au sein même de ses chimères.
A force, le champ de sa volonté s’était élargi considérablement : il insufflait à son inconscient la direction à suivre, la voie à emprunter. Avait-il envie de voyager ? Qu’à cela ne tienne : il visitait New York ou Bali, il nageait dans un lagon ou flottait sur la mer rouge, il grimpait sur des baobabs ou traversait le désert de Gobi. Lui prenait-il l’envie de voler ? Rien de plus simple : il braquait son esprit en un point creux, tendait à l’extremum la volonté du vide… En un centre. Sans pensées. Lourd. Grouillant de matière. Plein d’énergie. Le vide et le néant. Le tout… et il décollait… Il venait d’atteindre une maîtrise de soi hors du commun. Des sommets d’autocontrôle. Il passa alors les moments les plus fantastiques de sa vie. Dans les rêves, l’irréalité se matérialise. 
Il est certain qu’avec de telles dispositions/ à quelques rares exceptions / il passait des nuits extraordinaires. Il limitait les désagréments.
Cependant, il aboutit/ sombre présage/ par deux fois sur un cauchemar. Celui là même qu’il avait encore renouvelé hier. Le bâton froid de l’effroi venait entraver les rouages huilés/ mécaniques/ de ses nuits. Il n’avait rien modifié pourtant. Le rêve se déployait dans l’univers convenu et cadré du bureau d’archi. Rien  de plus normal, à première vue. Il avait conscience qu’une autre façon d’enjamber la vulgarité bornée de la vie quotidienne est de la penser, la modifier et pourquoi pas de la sublimer. Aussi le bureau de ses rêves était-il distinct de l’ordinaire : déraisonnable, extravagant. Assez divertissant et attrayant, finalement. Sans conséquence. Sophia jouait au piano des compositions harmoniques. Elle dégageait une joie sensuelle combinée à des vibrations complexes, spirituelle. Son souffle. La coloration. La friction des voix se mariait à l’excitation distillée par la musique. C’est ensuite que tout basculait inexplicablement. 
Il marchait vers ?… vers l'inconnu… Un chemin serpentin gris caillouteux se déroulait à l’infini sous ses pieds… Un glissement… Autour de lui, la nuit se faisait ténèbres. Des nébulosités opaques, lourdes et angoissantes, effrayantes, l’agressaient avec violence. Il se mettait à courir. Une seule idée : fuir/ partir/ filer/ s’échapper, le taraudait. Le cœur claquait à tout rompre. Puis, soudainement, la chute… Un précipice… Il se trouvait dans un autre lieu. Une cage d’ascenseur profonde et ténébreuse le plongeait dans un abîme. Un gouffre noir et oppressant, sans fond. Il croyait pourvoir surmonter cette peur mais, non… rien à faire… il disparaissait / la descente semblait interminable, exponentielle, inexprimable/ le froid, la profondeur. La peur. La terreur. La mort. Inextricable. Si prégnante. Le néant !
Ça s’empare de l’âme, le néant !
Ça étrangle, ça asphyxie, le néant !
Se réveiller ! Il se retrouvait assis dans son clic clac, les yeux exorbitants. Le dos en nage. Tremblant et vacillant.
Brisé.
Plonger dans l’oubli. Vite !


mardi 21 avril 2020

Jardin secret, poème rédigé pour le pianiste Yann Crépin


Merci à Yann Crépin de sa confiance concernant mes textes.


Jardins secrets


Au creux des jardins, sous les arbres ciselés de soleil, l’amour s’allonge sur l’herbe vagabonde. Sentiments aux mains croisées derrière la nuque. Endroit, où, posées au bord du vert, les pensées étales s’enveloppent d’herbes folles, où les jambes aux humeurs calmes accueillent le sol pour mieux soulever l’aridité des jours, où les paupières intérieures ont le ciel pour terrain de jeu, où tout ce qui compte n’est ni de la conquête ni de l’avancée mais de l’ordre du toucher… Sensations ralenties au temps des vents légers. Eveil d’un insecte heurtant la joue. Vol d’un papillon contaminé de couleurs. Courbe d’un blé effleurant l’espace. Comme ça. Là. Présent. Entre douceur ouverte et respiration volée aux instants mêlés... Aussi, lorsqu'on y prête attention, lorsqu’on s’arrête, on entend la parole de l'eau qui crépite sous la terre. Ce n'est ni un chant, ni un murmure mais l’écoulement flûté des moments précieux. La fluidité cristalline des souvenirs frappants. L’inspiration d'un paysage soufflé de lumière - enragé – perçant un fin voile de brume. La nuée Alizé des consciences adossées aux vertiges... L’épaisseur moelleuse des profusions chlorophylles qui s'évaporent dans l'air et fermentent la mémoire d’alchimies serpentines.











dimanche 19 janvier 2020

La sagesse de soi


       Parfois, laisser courir les brumeurs permet de laisser surgir les ondulations radieuses. Ce n’est point de la lâcheté mais au contraire, développer une fidélité crasse au chant du chaos. En ce cas,  l’élévation des tonalités brusques et remuantes suppose de vivre les noirceurs toujours là, encore, incrustées avec souplesse,  On appelle cela dépassement. Sagesse. Etat de pleine conscience. Plénitude. Est-ce cela la sagesse ? Rien n’est moins sûr. Le dépassement suppose une solidité intérieure. Une conjonction du bas et du haut. Une adhésion au tendre et au dur. Un saut qualitatif. Un oubli. Une foi inalliable en l’avenir.

     Or quel penseur digne de ce nom revendiquerait cela ? Qui peut se dire, « oui, certes, le monde est tel qu’il est mais je l’accepte ainsi » ? Personne – mis à part un fou ou un adepte du développement personnel (expression pléonastique) voire encore un idéaliste. Or, si le fou est enfermable dans le champ de ses pensées, l’idéaliste, lui, détient une folie auto-persuasive pathogène, celle de croire en l’avènement de ses espérances. L’homme du « lâcher prise » pris dans cet étau effroyable  d’une réalité qui l’étouffe et d’un idéalisme inatteignable finit donc par se débarrasser de  tous sentiments. Etat qui le rend - à tort - supérieur. Et lui confère en réalité une distance étrangère à la vie. Sa situation supposée de vivant n’est que négation. Négation de vivre avec un autre (le moine est familialement solitaire – le contraire lui causant bien trop d’ennuis), négation d’une quotidienneté attardée et abêtissante (le moine préférant les échanges programmés à heures fixes).

     En ce sens, toute porte-monnaie salvateur est un leurre.
     En ce sens, la réponse est en vous.




dimanche 13 octobre 2019

Journée d'étude consacrée à l'imitation, par Virginie Chrétien


Séminaire « APPLE », 2019-2020 -  Langue orale / langue écrite
Journée d’étude sur l’imitation (2019-2020) à la MESHS de Lille, espace Baïeto
Le mercredi 27 novembre de 9h30 à 17h30
Thème : Le rôle de l’imitation
Sous-thème pour 2019 : la valeur de l’imitation
Responsable : Virginie Chrétien, Maître-Formateur et doctorante au RECIFES, Université d’Artois.

Argumentaire :
Cette journée d’étude se propose de questionner le rôle attribué à l’imitation par certains penseurs passés ou contemporains - philosophes, psychologues, sociologues ou pédagogues de terrain.
Au travers de cette enquête psychologique, sociologique et historique il s’agira, d’une part, de s’interroger sur ce qu’implique le terme d’imitation. Est-ce une copie, une reproduction, une inspiration ? Cette capacité est-elle naturelle ou construite ? Ce qui supposerait un apprentissage culturel de la part du sujet apprenant. Cette question anthropologique est discutée dès le 18e siècle (chez Buffon, Darwin et Condillac notamment) dans le cadre des débats que suscitent alors le problème de l’évolution des espèces et de la « Nature de l’Homme » au regard de celle de l’animal.
Cette journée d’étude, d’autre part, posera plus généralement le problème du regard de la société vis-à-vis de l’imitation : vue comme éminemment positive jusqu’au XVIIème siècle, où l’imitation avait une valeur pédagogique notamment au niveau de l’esthétisme en Art, la perception de l’imitation s’est particulièrement dégradée, en particulier au sein des apprentissages scolaires, l’imitation étant devenue synonyme de copie, de reproduction passive, voire de plagiat. Quels sont les différents facteurs (philosophiques, épistémologiques, culturels, pédagogiques etc.) susceptibles d’expliquer une telle modification de statut ?
Enfin, il s’agira de démêler le rôle de l’imitation dans les processus cognitifs. Les relations intersubjectives et imitatives semblent fondamentales à tout apprentissage. En quoi l’imitation interviendrait-elle dans toute acquisition, formelle ou informelle, de connaissances ? Ici les travaux des psychologues Baldwin, Piaget, Vygotski ou encore Bruner pourraient nous éclairer.

Intervenants : 


Stéphane Hirischi, Chanson l'art de fixer l'air du temps de Bruant à Mano Solo, Belles lettres,

Alain Firode Empirisme et pédagogie à l’époque des lumières, L’Harmattant, 2015, 

Sébastien Charbonnier, Deleuze pédagogue : La fonction transcendantale de l'apprentissage et du problème, L’Harmattant, 2009,

Virginie Chrétien, doctorante.


Bibliographie :


Baldwin James, Le développement mental chez l’enfant et dans la race, Paris, Harmattan, (1897) 2006. 

Condillac, Traité des animaux, 1755, Corpus des œuvres de philosophie en langue française, 1984,

Darwin Charles, La descendance de l’homme, Paris L’Harmattan, 2006, 1871 (rééd 1891).

Guillaume Paul, L’imitation chez l’enfant, Paris, Presses Universitaires de France, 1926, 1968

Piaget Jean, La formation du symbole chez l’enfant, Paris, Delachaux et Niestlé, 1978

Tarde Gabriel, Les lois de l’imitation, Paris, éditions Kimé,  1993 [1890]



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Déroulé de la journée  du mercredi 27 novembre 2019 à La MESHS de Lille, espace Baïeto :

9h00 -10h30 - Virginie Chrétien : "L'imitation selon Condillac" 

10h45 - 12h30 Sébastien Charbonnier  : "Similitude ou ressemblance : à quelle condition l'imitation peut-elle nous encapaciter ?"

14h00 -15h30 : Stéphane Hirschi : L'imitation en chanson, de l'admiration à la reprise. (Il aime participer assez longuement)

15h45 -17h30 ; Alain Firode "Comment faire siennes les idées qui appartiennent à d'autres : emprunt et imitation dans la pensée pédagogique des Lumières".