Affichage des articles dont le libellé est littérature. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est littérature. Afficher tous les articles

dimanche 11 février 2018

Le petit prince, existe-t-il une sagesse propre à l'enfance ?


De l’importance de la chimère et de l'émerveillement.


Le petit prince marche à côté, 
Aucune chance, pour lui, d’attraper jamais ce point fixe - sans consistance - appelé but ou objectif. 
Son intensité se mesure en décibel de silence.

« En effet. Quand il est midi aux Etats-Unis, le soleil, tout le monde le sait, se couche sur la France. Il suffirait de pouvoir aller en France en une minute pour assister au  coucher de soleil.
Malheureusement la France est bien trop éloignée. Mais, sur ta si petite planète, il te suffisait de tirer ta chaise de quelques pas. Et tu regardais le crépuscule chaque fois que tu le désirais…
-          Un jour, j’ai vu le soleil se coucher quarante-trois fois !
Et un peu plus tard tu ajoutais :
-          Tu sais… quand on est tellement triste, on aime les couchers de soleil…
-          Le jour des quarante-trois fois tu étais donc tellement triste ? Mais le petit prince ne répondit pas. » p 26-27

 Etna - Sicile 2017

Le petit prince, comme les enfants, a une connaissance intuitive de la pyramide de l’importance. 


Philosophie en lettres minuscules, (le petit prince étant - dans le texte d'Antoine de Saint-Exupéry - l'assemblage d’un nom commun couplé à un adjectif dénué de majuscules), l’enfant sait voir le précieux d’un éléphant contenu dans un chapeau. Remarque la beauté d'une rose ordinaire. Célèbre le lever journalier du soleil ou le gris d'un nuage luisant sous un ciel d’orage. Chérit, plus que toute autre possession, la lumière d’une présence, fut-elle celle, capricieuse, d'une rose égocentrique. Et derrière le brouhaha des actions inutiles - s'occuper d'un volcan éteint, on ne sait jamais - sous la collecte du dérisoire, une boite en carton, une caisse en bois, un dessin approximatif, ce dernier, sait détecter les preuves des choses essentielles. 



Sicile 2017

Malheureusement, ses seules compétences, sa capacité d’observation, son imagination, n’entrent pas dans la vie à labeur tenace. Que lui reste-t-il, alors ?

Les rencontres.
Réalistes. Décevantes. Le petit prince, comme l’enfant, a pour hiérarchie, la linéarité des sentiments premiers. Peu lui importe les consignes, les conquêtes, l’exploit – invocations purement adultes consistant, par une pensée du dessus – autrement dit du supérieur - à briguer nombre de  titres et accumuler des avoirs dérisoires. Son ambition a la taille de la coquille du moi, se résume à ses quelques pas d'histoire, englobe son proche univers : la rose, le renard, l'aviateur.  

Il persévère, pourtant. Chaque jour, à respirer le dialogue rance et convenu des hommes oublieux de leur enfance. Chaque minute à mesurer l’ampleur du désastre. A observer le monstre bruyant et hyperbolique d’une modernité phagocytant la vie des employés, plaçant l’agent, la notoriété, au zénith du primordial.
De fait, il pleure souvent. Il pleure beaucoup, tant il saisit l’ampleur de l’autisme adulte. Celui de l’oubli de l’enfance, de la focalisation sur de fausses valeurs. Tant il sait ne pas posséder les clés d’un monde où le vouloir ne suffit pas toujours à atteindre le seul primordial essentiel, celui du cœur.

Et puis, parfois, au détour d'un chemin, l’étonnement d’un rien, car l’enfant s’émerveille de tout et n’importe quoi, reprochent les grandes personnes. L’essentiel donc, la lumière des rencontres : la respiration d'un aviateur meilleur dessinateur que réparateur, la saveur d'une eau fraîchement sortie du puits, l'éclat amical d'un renard à l’œil brillant. 

Son errance est une collecte de bouts de mémoires ébréchées,
Une collection de vieilleries frappant la rétine du cœur.  



Aussi, s’esquive-t-il lentement vers un murmure fatigué à l’orée de la nuit.


Sicile 2017
-------------------

Un partage FRANCE CULTURE

samedi 4 novembre 2017

Michel Onfray, L’Esthétique du Pôle Nord, quand les pierres chantent avec la pensée.

Etna le 31 juillet 2017  

Il faut savoir regarder. Savourer d’un œil patient un paysage apparemment aride afin d’en percevoir les nuances. Observer l’insignifiant, et, peut-être à la manière du philosophe Vladimir Jankélévitch, restituer le prix de l’a-peine perceptible.
Dans un livre poético-personnel, L'esthétique du Pôle Nord, le philosophe Michel Onfray parvient admirablement à faire sentir la nudité complexe du Nord aride.
Première partie :

Tout au long du sol aux nuances rocailleuses, découverte de l’abrupt. Y aurait-il une leçon du minéral ?
Peut-être... Au moins, sans conteste, une profusion d’intensités. C’est-à-dire des nuances où le vide est plein de contrastes, où les pierres s’empilent en cairns de symboles. Tout au bout du froid et du rêche,  tout au fond des gerçures profondes où les mains crissent lors du mouvement  des doigts, il y a la douleur, bien sûr – évidement - mais aussi le chant et la glace, là où des blocs d’énergie féroce craquent aux poussées de l’instant.



Éloge du regard posé sur l’insignifiant : La valeur d’un silence, la présence solide et  physique d’un père que l’on voudrait éternel.  Et ce parcours, oui, ce parcours, bien sûr d’un extérieur extrêmement intérieur, au bord des infimes signifiants.                                               
Deuxième partie :

Critique à l’égard des dominations de tous poils, la colonisation des esprits. Place à une histoire de déportation révoltante où le déplacement massif des populations dans des villages factices, a fait perdre aux individus tout lien avec l’esprit des lieux, interdit toute poursuite du gibier au fil des saisons, où le massacre en meutes des chiens devenus inutiles a laissé le goût amer des âmes égorgées sur l’autel de la nécessité.

Retour sur une colonisation ayant débuté au 19ème siècle, avec l’arrivée des Frères Moraves. Et surtout, l’apprentissage d’une écriture imposée par l’autre. « L’alphabet chrétien ouvre la porte à la colonisation… ».  Fini, donc, l’apprentissage construit dans un temps long. S’articulant dans un savoir ancestral, se diffusant doucement, tout en parole acétique.
 Dans cette modernité, pas de pensée nomade : l’économie n’est ni de richesse intérieure ni en adéquation avec la lente maturation du paysage mais d’avoir et de calcul.
La population sédentarisée doit se plier, se courber, chanceler sous les injonctions dominatrices :
Se mouler dans une école importée en bloc, une vision occidentale, celle de la rapidité où il s’agit de suivre un programme imposé au sein d’un emploi du temps rigide. Même l’apprentissage devient un lieu de calcul. Le philosophe développe ce point dans La communauté philosophique où – explique-t-il -  les coefficients attribués aux différentes disciplines – du moins en France -  orientent les choix des élèves vers les matières les plus « rentables ».

Mais ici, dans ce lieu sans offre d’emploi, quoi de rentable ? Quel apprentissage ? Quoi faire une fois son diplôme en main ou en poche ? Lieu perdu où il se trouvera plié en quatre, désormais.
Quel choix ? Si ce n’est celui de l’attente. Du vide.  Comment ne pas se noyer d’alcool ? Comment s’en sortir ? Quels engagements du corps et de l’âme ? Quelle émancipation ? Quel sentiment d’appartenance ? Quel « humus des ancêtres » ?, pour reprendre une formule chapardée dans Le recours aux forêts. 
Le philosophe a « l’âme d’une pleine  cargaison de révolte. »
                    
 On comprend.


Cairn

-----------------------


mercredi 25 octobre 2017

De l’épaisseur d’un livre.


Au détour d’un instant las, quand le mirage du monde a fini par aveugler, quand le carburant du jour a brûlé sa dernière lueur, quand le plomb leste du sourire coule à pic et la fatigue ride la surface des pensées, quand – enfin - l’envie grimace et le désir demeure sur-place, restent les livres.
Pas seulement la violence des lignes dissolvant la glu - ce sécateur des mots brisant le cadenas des clôtures - pas seulement Marguerite Yourcenar et son sublime œuvre au noir où…
« Une oie égorgée criaillait dans la plume qui allait servir à tracer sur de vieux chiffons des idées qu’on croyait digne de durer toujours. »* 1 où « Les tuiles laissaient passer la brume et les incompréhensibles astres. »
Pas seulement ce glaive des mots dont la lame scalpe l’acier et heurte l’abjection de couleurs au zénith,
mais les pages… d’une œuvre comme « l’homme qui rit », la finesse d’un Victor Hugo…
Ces feuillets volants sous le segment des doigts, ce papier soufflé à l’épaisseur du temps ; Le tourbillon des fibres où les humaines déceptions craquent, tremblent et vibrent.
Subtiles touches où le frôlement est un rempart, la douceur sépia une compagne de fêlures, où le souffle de l’air chahuté par l’effeuillage habille les solitudes de présence.
 Volume invincible où l’on peut puiser, savourer, chercher, s’évader, flâner sans jamais s’égarer.


Une tablette pourrait-elle jamais remplacer les volumes des bibliothèques ?


oooooooooooooooooooooo

mercredi 9 août 2017

Patrick Chamoiseau, L'intensité hybride


Patrick Chamoiseau 26 mars 2017 - 
Salon du livre de Paris


La poésique - étrange phénomène d'intensification des mots par la perception musico-poétique - est une révélation. Ou plus exactement, une élévation. 

Igor Mitoraj - La chute d'Icare - 
Agrigente Sicile  2-08-17

L'esprit vigilant de Patrick Chamoiseau passant - avec une fluidité peu conventionnelle du mot brut, au langage perception, au sensitif - déconstruit les frontières des catégories, se joue des boîtes et des frontières, nous voici donc propulsés dans une langue diffractée.
 Que peut faire le poète face à une situation tragique ? Aux camps précaires ? Aux réfugiés ? Aux naufrages ? Aux morts ?




Naufrage, Sculpture réalisée avec le bois des bateaux naufragés
 Noto - Sicile 1-08-17


L'écrivain interroge les subjectivités. « L’artiste représente une expérience individuelle face à la totalité monde ».  Brise les " zones de confort",  désarme, aiguise les regards, casse les clôtures de l'esprit par les "structures imaginaires".
La parole poétique permet, en effet, de réveiller les consciences. D’exprimer l’innommable par une stimulation sensitive. L'incarnation des chairs. Une gamme linguistique parlant à tous grâce à l’art composite d’une esthétique partagée, d’un surgissement, d’une beauté complexe.

                                                                  Bref, d’une intensité hybride.






Vidéo Salon du livre de Paris, le 26 mars 2017
Patrick Chamoiseau et Aliocha Wald Lasowsky




------------------
Galerie Photos




























vendredi 14 avril 2017

Yasmina Khadra, La mécanique du cœur et de la création au salon du livre de Levallois.

La mécanique du cœur et de la création.


Yasmina Khadra et Karine Papillaud 
Salon dulivre de Levallois
-26-02-17 -Photo Virginie Le Chêne parlant-

« Il n’y a rien au-dessus de la vie. »
Yasmina Khadra.

Connaitre  le prix de la haine, n’évite pas  d’y sombrer.
Sentir le prix du sang, n’empêche pas d’empoigner le métal, de déchirer les chairs et de goûter  la dureté du fer.
Alors comment dépasser la logique de la destruction ? Comment contrer la barbarie ? Vivre sans se rigidifier ? Comment résister aux ténèbres ?

Pas facile.
  
 Sortir de l’enfer – quoi qu’on en dise – n’est pas qu’affaire d’affirmation et de volonté.
L’obstination tenace n’évite pas les ratages du train en joie. Etre à l’heure sur le quai  n’interdit pas de glisser sur le marchepied.  

« La littérature, confie l’écrivain Yasmina Khadra à la merveilleuse journaliste Karine Papillaud, c’est ce qui permet d’habiller la nudité du monde. D’ouvrir un véritable paradis. »

Avec Yasmina Khadra, on peut être sûr, en effet, d’entendre les murmures oubliés, de percevoir les cris piétinés et de sentir l’onde de choc des ébranlements ordinaires. Non pour s’en griser mais pour poser une voix, plonger au fond des manques, être à l’écoute de l’autre et – paradoxalement – venir à son propre secours.    



Est-ce que la flamme de la création commence tout au bas de soi ?  

Pour le Yasmina Khadra «  Forgé par les épreuves » - celui placé dans une école militaire à neuf ans, jeune enfant  soumis aux brimades, pour le bambin enfermé dans une caserne, réveillé à coups de pieds dès 5 heures du matin, pour l’être à la tendresse orpheline courant pour trouver une place au réfectoire, pour le solitaire exposé aux conditions précaires… sans aucun doute.

Yasmina Khadra n’a jamais baissé les bras ni tenté d’oublier.
L’écrivain gagne tous ses combats sur le ring de l’écrit.
L’humble guerrier ne veut pas être otage de l’Histoire. Et s’il tourne la page, c’est celle du livre mettant  la grande histoire à genou de la petite. Pour lui, créer, c’est - déjà – ne pas céder. Romancer, c’est se dresser contre l’infamie. .

Aussi, tandis que nous nous posons encore la question : « Que fais-tu de cela ? Que fais-tu de ce motif  de révolte ? Comment vas-tu aborder ce sujet abjecte ?

Lui,  observe. Goûte.  Laisse  « la brise enlacer la sveltesse des chaumes ». 

Fait de cet homme « accroupi sur un amas de pierraille » un monde.

 « Les coups durs, loin de nous terrasser, nous rendent plus forts. »  dit-il encore. Ma vie a certes été un jalonnement de problèmes, de déboires, de déconvenues… Mais la chose la plus précieuse au monde, c’est la vie. J’écris dans un bonheur absolu. Dans la musique. Pour que les lecteurs dansent et chantent avec moi.

L’Histoire, c’est nous, ajoute-t-il avec ce sourire désarmant des âmes chaleureuses.

      Dire ce qui a été, incontestablement, avec Yasmina Khadra, est un acte de résistance.


                          Brandir le flambeau de la plume est capable d’éclairer bien des ténèbres, en effet. 






-------------------------------



-------------------------------




Entretien avec Yasmina Khadra

Je crois dans l’homme.

L’écriture a formaté ma personnalité. 
L’écriture est une question de sensibilité. Une façon singulière de voir le monde.
Tout vient de l’expérience.

Il faut aimer les livres. Le livre est une ouverture sur le monde. 

------------------------

L’anecdote ne fait pas le détail mais tisse l’intense des déboires, déconvenues, et autres de coups durs aux linéaments d’une vie parsemée d’abjections.

« L'homme a un complexe d'infériorité devant la femme, affirme Yasmina Khadra. L'homme, depuis tout petit, a pourtant toujours été materné par elle. Même grand, c'est elle qui s'occupe de lui, qui l'oriente... L'homme c'est l'incarnation de l'ingratitude. Pour lui prouver qu'il a grandi... que fait-il ? Il essaye de la dominer. C'est une question d'ingratitude. Ma mère a été de tous les combats et n'a jamais été heureuse plus de cinq minutes. Jamais. Seulement cinq minutes. Parfois, étant croyant, je me tourne vers Dieu et je lui dis : "Laisse-moi au moins la savourer pendant une demi-heure. Laisse-moi la voir heureuse une demi-heure !"
Ces derniers temps, j'aime de plus en plus ma femme... Même elle est étonnée... Sans la femme, jamais je n'aurais réussi quelque chose dans la vie. Et les hommes s'ils sont malheureux, c'est parce qu'ils n'ont jamais réussi à mériter la femme. Et je leur propose simplement d'essayer d'être heureux aux pieds des femmes. C'est le meilleur endroit pour accéder à la plénitude. Je le dis sincèrement. » 

jeudi 6 octobre 2016

« En texte à texte. » avec Francis Huster – 8 février 2016



Francis Huster, « En texte à texte. »
Photos : Virginie, Le Chêne parlant.
Merci de cet entretien d'outre-voix. 
 – 8 février 2016


En collaboration avec le Magazine en ligne

Slow Classes





Comment échapper à l’absolue liquidité des heures, à la continuité des jours, l’insensibilité des mois ? Comment sortir du coma ? Sentir les pulsations sous les visages lisses des passagers d’un train partant dans le matin froid ? Comment, enfin, percevoir des gouttes de présences noyées dans le mouvement d’une foule avançant à débit constant ?

Il y a les pratiques à risque – bien sûr – ces palpitations du danger où la mort frôle la terre du vivant. Ce besoin de côtoyer le frémissant, cette soif du fracas, cette possibilité du pire, cette fréquentation du vertige… Bref, tout ce qui permet d’échapper au bourbier de l’ordinaire et de sortir – tête haute - de la défécation du présent. C’est que – savent-ils - L’infini n’est pas la répétition éternelle d’un même mais l’effondrement d’un tout réalisé en un point précis. C’est une condensation. Une brèche, une déchirure, un électrochoc.  
Le volume d’un univers contenu dans un dé à coudre.
Néanmoins, si s’évader de l’invariable réclame – certes quelques exceptions -  il est d’autres façons d’être saisi. Il est bien des manières de suspendre sa chute au milieu d’un ciel titubant. 
Lesquelles ? Celles des mots qui vous ferment les yeux. Des phrases qui soulèvent et abandonnent le corps en lettres de pensées. Là où le roulis du texte peuple l’instant d’instants. Là où l’on ne se préoccupe ni de faim ni de soif, pas plus de vie que de mort. 






Là où le moment vous  emmène avec soi et vous tient par l’esprit.
L’acteur, Francis Huster est de ce bois qui chavire sous le courant des textes. Le comédien, ce lundi 8 février 2016, arpente la salle du théâtre Charcot de Marcq-en-Barœul, tout en tension, saisi d’une extrême concentration, pris d’un profond recueillement. Les spectateurs l’observent. Que cherche-t-il ? Une attention à l’autre ? Un lien ? Après quelques sourires amicaux lancés aux connaissances assises dans les gradins, quelques paroles détendues plus loin, ni une, ni deux, j’en profite pour confirmer la possibilité d’un entretien le soir même. L’acteur s’arrête, sourit, me répond : « Ce ne sera pas possible mais… » J’attends. L’expert en célébration des mots reprend : « Vous me poserez vos questions durant le spectacle. »  
Etrange. Etrange et pourtant, loin de me déconcerter - l’idée – sans doute encore imprégnée du monument de pensées qu’est Shakespeare,  probablement toujours imbibée des conférences auxquelles je venais d’assister – l’idée, donc, me parut sublime, lumineuse, et même paradoxalement, aussi simple que naturelle… Evidente.
Une irruption du bizarre lancée à esprit portant. 
Un dialogue est-il une suite de mots répondant à une autre suite ? Pensais-je… Un groupe de sens lié par une cohérence d’ensemble ? Ou s’effectue-t-il de visage à visage, d’œil à œil, tout en regard ? L’échange ne s’inscrit-il pas dans des rapprochements de front à front ? Là où la tempe pulse de mille réflexions ? Là où les collisions de pensée percutent d’autres pensées ?  Là où les paroles battent en un espace de souffles ?   
Pourquoi donc ne pas construire cet entretien en texte à texte ?      


Virginie : A propos d’Albert Camus, cet homme si singulier. Vous dites : C’est un homme qui me parle, pas un écrivain. Ce qu’il écrit t’appartient. Il n’y a pas de soumission – c’est un lien – une fraternité 1* Camus, c’est quelqu’un qui marche avec les autres… Une voix qui nous constitue. Pourquoi avoir choisi cet écrivain ?

Francis Huster : Dans le cas d’Albert Camus… et on peut prendre n’importe quelle légende…  Il y a des sportifs absolument sublimes qui ont fait une carrière dans le sport alors qu’à 11 ans ils étaient à moitié morts. Des hommes politiques… John Kennedy, Charles de Gaulle, Napoléon Bonaparte qui n’auraient jamais dû faire une telle course.
Dans le cas d’Albert Camus, on a l’exemple type d’un homme qui n’a absolument pas suivi les pages que l’on avait écrites pour lui.  Pourquoi ces êtres -là restent-ils inscrits dans l’histoire ? Faut-ils qu’ils aient fait une course absolument incroyable. La course n’est pas seulement ce que l’on fait pendant sa vie, c’est le reflet de ce que l’on a fait.
Virginie :  Albert Camus serait-il donc un être singulier, un être de racine et de chair doté d’une incroyable résistance ? 
Francis Huster : Albert Camus est né en 1913. Tuberculeux, issu d’une famille défavorisée dont le père, Lucien, ouvrier agricole, caviste, mourra en 1914 ; le gosse dont le frère est sourd-muet... Peut-on imaginer pire ?  
Virginie : Certes.




Francis Huster : Et pourtant, ce gosse-là, obligé d’aller dans les sanatoriums - celui, qui en 1913 doit être pesé - deviendra pupille de la nation et entamera, grâce à cela, des études.
Virginie : l’école aura donc joué un rôle essentiel dans sa vie ?
 Francis Huster :  La plupart d’entre nous n’ont pas vécu la vie qu’ils auraient dû vivre. On a tous des racines familiales. Si on peut imaginer qu’il y ait un dieu, appelons-le destin, hasard, famille ou qui vous voulez… ou quoi que ce soit…  en fonction de nos parents, de nos grands-parents où se trouve le cercle de notre éducation, de notre enfance, on est écrit déjà. Et il est évident qu’à partir de notre naissance tout est déjà écrit. Les pages sont écrites. Le problème c’est que parmi nous ce soir, seulement 20% ont vraiment réalisé ce qui était écrit et puis d’autres ont bifurqué à cause de rencontres scolaires.  D’un professeur magnifique qui les a emportés vers tout à fait autre chose. D’un oncle. D’un commerçant chez qui on a trouvé une humanité... Une blessure qui fait que pendant trois mois on est en dehors du cercle familial et puis il y a quelqu’un qu’on rencontre. 80% n’ont absolument pas vécu la vie qu’ils auraient dû vivre. Parmi ces 80% la moitié se sont construits eux-mêmes.  Et d’autres qui se sont laissés comme un hameçon balader… Et puis à quarante ans, à cinquante ans… on fait le point et on dit : Est-ce que je continue à me faire balader ? Est-ce que je continue à construire ce que j’ai construit ? Ou est-ce que je continue ma route ?






Virginie : Albert Camus serait-il donc fait de cet alliage de combats, de boue et de poésie ?  La glaise d’un monde élevé au niveau du ciel ?
Francis Huster : … il va devenir le plus jeune prix Nobel de littérature français. Et il va être l’homme le plus célèbre au 20ème siècle parmi les trois plus grands écrivains du siècle : Camus, Proust et Céline.
Virginie : vous citez souvent les grands textes. Pensez-vous qu’il soit plus que jamais nécessaire de défendre ces flambeaux de l’humanité ?
Francis Huster : La beauté exige de l’être des efforts qui l’élève… 

Peut-on mieux conclure ?




---------------------

Francis Huster – plein d’une intelligence sensible - restitue merveilleusement la symphonie nuancée d’une pensée polyphonique.
Texte repris du spectacle « Dans la peau d’Albert Camus » Théâtre Charcot de Marcq-en-Baroeul, le 8 février 2016 :
« Venir et parler, évoquer, faire revivre un être humain…  Ce soir, j’ai décidé de faire vivre Albert Camus…. J’ai commencé ce métier en 1963. Je me suis tout de suite trouvé, à 16 ans, plongé  dans le bain, à jouer aux côtés de légendes.  Et au bout de deux ans d’apprentissages, c’était devenu ma famille.
….
La plupart d’entre nous n’ont pas vécu la vie qu’ils auraient dû vivre. On a tous des racines familiales. Si on peut imaginer qu’il y ait un dieu, appelons-le destin, hasard, famille ou qui vous voulez… ou quoi que ce soit…  en fonction de nos parents, de nos grands-parents où se trouve le cercle de notre éducation, de notre enfance, on est écrit déjà. Et il est évident qu’à partir de notre naissance tout est déjà écrit. Les pages sont écrites. Le problème c’est que parmi nous ce soir, seulement 20% ont vraiment réalisé ce qui était écrit et puis d’autres ont bifurqué à cause de rencontres scolaires.  D’un professeur magnifique qui les a emportés vers tout à fait autre chose. D’un oncle. D’un commerçant chez qui on a trouvé une humanité… Une blessure qui fait que pendant trois mois on est en dehors du cercle familial et puis il y a quelqu’un qu’on rencontre. 80% n’ont absolument pas vécu la vie qu’ils auraient dû vivre.
Parmi ces 80% la moitié se sont construits eux-mêmes.  Et d’autres qui se sont laissés comme un hameçon balader… Et puis à quarante ans, à cinquante ans… on fait le point et on dit : Est-ce que je continue à me faire balader ? Est-ce que je continue à construire ce que j’ai construit ? Ou est-ce que je continue ma route ?
Dans le cas d’Albert Camus, et on peut prendre n’importe quelle légende…  Il y a des sportifs absolument sublimes qui ont fait une carrière dans le sport alors qu’à 11 ans ils étaient à moitié morts. Des hommes politiques… John Kennedy, Charles de Gaulle, Napoléon Bonaparte qui n’auraient jamais dû faire une telle course.
Dans le cas d’Albert Camus, on a l’exemple type d’un homme qui n’a absolument pas suivi les pages que l’on avait écrites pour lui.  Pourquoi ces êtres –là restent-ils inscrits dans l’histoire ? Faut-ils qu’ils aient fait une course absolument incroyable. La course n’est pas seulement ce que l’on fait pendant sa vie, c’est le reflet de ce que l’on a fait.
Albert Camus est né en 1913. Tuberculeux, issu d’une famille défavorisée dont le père, Lucien, ouvrier agricole, caviste, mourra en 1914 ; le gosse dont le frère est sourd-muet… Peut-on imaginer pire ?   Et pourtant, ce gosse-là, obligé d’aller dans les sanatoriums – celui, qui en 1913 doit être pesé – deviendra pupille de la nation et entamera, grâce à cela, des études. Et il va devenir le plus jeune prix Nobel de littérature français. Et il va être l’homme le plus célèbre au 20ème siècle parmi les trois plus grands écrivains du siècle : Camus, Proust et Céline.
…
Molière est un dialoguiste de génies comme Camus.
Il est là. Sa position, c’est la seule que l’on puisse adopter.
…
La beauté exige de l’être des efforts qui l’élève… 
http://www.lavoixdunord.fr/region/marcq-en-baroeul-francis-huster-ouvrira-le-festival-contes-ia22b49743n3256978
----------------------------
Pour aller plus loin :
vidéo 1*
Albert Camus un combat pour la gloire de Francis Huster- vidéo auteur 2- L’homme
C’est un homme qui me parle, pas un écrivain. Ce qu’il écrit t’appartient. Il n’y a pas de soumission – un lien – une fraternité

----------------------


Albert Camus un combat pour la gloire de... par Le_Passeur_Editeur

----------------------
vidéo 2*

Albert Camus un combat pour la gloire de Francis Huster - vidéo auteur 4 - l'oeuvre de Camus





Qui sont ces monuments de la pensée ? Ces êtres de racine et de chair dont l’invisibilité signe une incroyable présence ?  Dont l’écorce saigne à chaque coup de canif ? Dont la sève marque une opacité ? Dont la fluidité coule d’une blessure ?  Albert Camus est sans doute de cette fibre. Un alliage de combats, de boue et de poésie – La glaise d’un monde élevé au niveau du ciel.
Francis Huster – plein d’une intelligence sensible - restitue merveilleusement la symphonie nuancée d’une pensée polyphonique.
Ecoutons…
« Albert a voulu construire une œuvre à hauteur de bible d’homme. L’homme qui parle à l’homme, pas aux hommes. A l’homme. Camus n’avait pas confiance dans les hommes par contre dans l’homme oui. Son œuvre dont la forme droite, nette, c’est une œuvre de journaliste allant à l’essentiel tout de suite et où le fond, la pensée n’a pas les casseroles de dentelle d’écriture. La pensée est servie comme si c’était la lumière et les mots n’en étaient que l’ombre…  Pour les grands écrivains, la lumière c’est la forme, l’ombre, c’est le fond. Il y a du Blaise Pascal chez Camus. Mais alors que Blaise Pascal fait le pari de Dieu, lui fait le pari de l’homme.
Les grands écrivains – comme François Villon, Balzac, Flaubert, Chateaubriand  - sont ancrés dans leur époque. Les œuvres sont tirées par leur époque… On ne peut les digérer que par rapport à leur époque. Elles ne peuvent plus rien illuminer si on ne les met dans leur époque.
Avec Hugo, avec Camus, avec Simenon, il n’y a pas d’ancre. Cette œuvre fluide est d’aujourd’hui. »  

ooooooooooooooooooooooooooooooooooooo





dimanche 4 septembre 2016

"Pourquoi j'écris" - Henri LOPES, Citéphilo, 8 novembre 2014

Pourquoi assister à des conférences ?... Pour ces petits miracles, le partage de ces passions, émotions, pensées. Pour ces attaques en force, ces percées majeures de la croûte du vulgaire. 

"Pourquoi j'écris ?" 
Henri Lopes

J'écris parce que je suis un Africain ; un homme vieux de plusieurs millions d'années dont la mémoire et l'imaginaire ne tiennent qu'au fil ténu et fragile d'une tradition orale brumeuse ; un homme dont la bibliothèque date de moins d'un siècle.
J'écris pour introduire dans l'imaginaire du monde des êtres, des paysages, des saisons, des couleurs, des odeurs, des saveurs et des rythmes qui en sont absents ; pour dire au monde des quatre saisons celui des saisons sèches et des pluies ; pour dire au ciel de la Grande Ourse celui de la Croix du Sud.
Mais vous dire l'Afrique ne consiste pas pour moi à vous en faire un reportage ni à vous rédiger un traité de sociologie, d'ethnologie ou... d'entomologie. Le pays que mes romans évoquent n'existe dans aucun guide Michelin, dans aucun récit de voyage, dans aucun manuel d'histoire ou de géographie. C'est de mon pays intérieur que chaque fois je vous entretiens.
Peut-être ne suis-je au bout du compte qu'un dangereux menteur. Mais un menteur de haut vol, car il s'agit dans ce jeu-là de mentir juste, de «mentir-vrai». 
Écrire, c'est transfigurer la réalité.
J'écris pour assumer ma négritude, pour recouvrer mes «poupées noires». J'écris pour dire l'ami Manuel du poème de René Depestre :

L'homme qui se rase avec un tesson de bouteille, 
L'homme qui ne sait pas que la terre tourne...

J'écris pour dépasser ma négritude et élever ma prière à mes ancêtres les Gaulois ; Gaulois de toutes les races s'entend, de toutes les langues, de toutes les cultures. Car c'est pour moi que Montaigne s'est fait amérindien, Montesquieu persan et Rimbaud nègre. C'est pour m'aider à déchiffrer l'Afrique que Shakespeare a fait jouer ses tragédies, que Maupassant m'a légué ses nouvelles. 
J'écris pour avoir la force de vivre le pays de solitude, le pays métis.
J'écris pour décharger dans les mots mon envie de danser sur la place publique ; j'écris pour toi ; pour t'offrir cette coupe, toi dont la silhouette et les pas de danse me poursuivent dans mon sommeil ; toi que j'ai aperçue hier, toi dont je ne prendrai jamais la main, toi dont je ne suis pas digne. 
J'écris pour atteindre le plaisir pour m'y baigner. J'écris dans la bonté. J'écris dans la fureur. J'écris pour ne pas basculer. J'écris dans la folie. J'écris pour revenir de la folie. J'écris pour me soigner.
J'écris parce que je ne sais pas, j'écris pour apprendre. Chaque ouvrage est une université et, quelles que soient les préférences de mes lecteurs, mon dernier livre est pour moi le plus abouti.
Quand je crois maîtriser ces mots qui me sont à la fois outil et matière, ils me glissent entre les doigts, m'échappent et m'enivrent.

dimanche 15 mai 2016

L'oral, une nouveauté des nouveaux programmes ? Viviane Bouysse.






Les nouveaux programmes pour l’école maternelle : quels enjeux ? Quelles évolutions ? interroge Viviane BOUYSSE[1], Inspectrice générale de l’éducation nationale, à Illfuth, le 13 octobre 2015.
Dans une première partie, l’Inspectrice constate avec regret combien nombre d’élèves dès l’école maternelle restent tenaillés par la peur de ne pas « donner la bonne réponse », « n’osent pas s’engager. », n’osent pas « aller au bout » de ce qu’ils font, font "L'expérience de se vivre nul." Face à ces « émotions négatives renvoyant, précise-t-elle en s’appuyant sur des recherches récentes en sciences cognitives,  à un mode de fonctionnement particulier pouvant entraîner des dommages préjudiciables. ». Il est donc primordial de "Donner à chacun les moyens d'apprendre.", susciter l’"Envie et plaisir d'apprendre.", développer l'estime de soi - donner confiance – rappeler combien "ils sont tous capables d'apprendre et de progresser".

Pour ce faire, il semble nécessaire, insiste Viviane Bouysse, de ne tomber ni dans l’ « Ecole du laisser grandir (structure pouvant être confondue avec celle d’une  « garderie » où la présence d’une assistante maternelle suffirait) ni de s’aligner sur l’école primaire, école « primarisée » (où les abstractions précoces régneraient en maître et où le contraindre à apprendre favoriserait les familles déjà familières de ce type de dispositif, les plus aisées donc.) ». Un parallèle, à l’école primaire, peut-être effectué lorsqu’il s’agit de restaurer l’envie d’apprendre sans tomber dans le travers du jeu pour le jeu – un jeu sans enjeux – soit une pédagogie du ludisme, de l’amusement. Au reste, une modification d’intitulé dans les nouveaux programmes vient étayer et conforter ce qui vient d’être dit.  « On est passé – poursuit Viviane Bouysse - du domaine d’activité (2008) … au domaine d’apprentissage » très significatif d’une évolution de l’école maternelle.
« En 95, il y a eu une lutte pour distinguer l’école maternelle de l’école élémentaire. A l’époque, ce qui était déterminant, c’était l’agir de l’enfant. Aujourd’hui, on sait que l’agir ne suffit pas. » Ce qui importe, développe-t-elle, c’est que l’agir débouche sur quelque chose, que cela produise un effet attendu. « Agir doit déboucher sur réussir. » Il s’agit donc de travailler avec les élèves sur la conscience qu’ « Il  y a un lien entre ce qu’il font, la manière dont ils le font et la réussite. ». Nous arrivons donc au point névralgique des nouvelles orientations, ce lien n’étant que celui du « langage qui va expliciter les conditions de la réussite » Rendre la « Pensée active », permettre de « Réfléchir sur les modalités et les effets de l’action. » effectuer des « Relations entre ce que l’on fait et les résultats de ce que l’on produit… »

Il s’agit donc de développer les « Formes d’oral qui permettent de réussir. »
Non un « Langage en situation » car « En situation, il n’est pas difficile de se faire comprendre. » mais un « Langage décontextualisé, « oral structural », langage en commentaire de l’action. » Ce langage détient des caractéristiques de l’écrit. Au sein des programmes, cet objectif d’apprentissage est repérable dans certains termes employés comme : « Raconter – Décrire -  Évoquer – Questionner – Proposer des solutions -  Discuter un point du vue… »

Dans cette revalorisation de l’oral, les nouveaux programmes ré-insistent sur ces activités liées à l’oral structural.
a)      Approche intégrée. « Les enfants expérimentent le langage même quand il n’est pas explicitement travaillé. » Langage en accompagnement de l’action « J’ai fait comme ça. » => il s’agit de mettre en mot le geste afin de le comprendre.
Ici l’enjeu, c’est la précision du langage. Le langage est un outil pour le reste.
b)      Langage structuré : langage étudié en tant que tel.   



ooooooooooooooooooooooooooooooooooooooo



Conférence de Viviane Bouysse du 14/11/12 -
Entrer dans l'écrit en maternelle - Auditorium de Douai.
"L'oral écrit n'est pas un oral spontané mais un oral structuré."

Rendre les enfants conscients qu’on n’écrit pas exactement comme on parle. Développer une conscience syntaxique – quel est le bon ordre des mots dans une phrase - est une aide.
De même, Emilia Ferreiro dit - presque mot pour mot : « On n’écrit pas comme on parle, on n’organise pas les mots de la même façon. » 2) - p 8.
La chercheuse insiste : « Il est nécessaire de déstabiliser l’adulte pour qu’il abandonne cette idée naïve qui correspond à la vision séculaire suivant laquelle l’écriture reflèterait la parole… Il faut rendre plus complexe le regard que nous portons sur l’écriture. Paradoxalement, le regard de l’enfant en développement est plus complexe que celui de l’adulte alphabétisé. » 2) - p.99.

Ecrire, c’est donc se construire un système de représentation 8) et non pas simple notation ponctuelle des aspects sonores du langage. (Culture écrite)
   L'oral structuré, une entrée dans l’écrit en maternelle ? avec Viviane Bouysse.
"Lire c’est connaître un code culturel."
"Passer de ce qui est écrit à ce qui est oralisé et inversement, lire c’est connaître ce code et l’appliquer.
… Ce qui est écrit peut être converti en langage oral et en même temps ce que l’on dit, on peut l’écrire.
Ce que je vois écrit, on peut le lire. Et ce que l’on dit, on peut l’écrire.
Rendre explicite cette relation entre l’oral et l’écrit."

Qu’est-ce que c’est un mot ? Vivianne Bouysse et Emilia Ferreiro se sont posées la question, répondant à l’identique.
« C’est par la fréquentation des textes à travers la lecture (une lecture soutenue par autrui avant de devenir autonome) que l’enfant découvre la signification conceptuelle de cette « banalité » technique : les blancs entre les mots ;
… au début de la période phonographique, les enfants préfèrent écrire en scripto continua, c’est-à-dire tout attaché, comme le faisaient les grecs et les romains de la période classique. » Ferreiro Emilia –2) p 8.
Vivianne Bouysse, dans la vidéo, développe : "A l’oral, on ne parle pas par mot. L’unité articulatoire c’est la syllabe.

Il faut connaître l’écrit – d’une certaine façon – pour repérer les mots à l’oral."

------------------------------------


Aussi, conclurons-nous cet article en ces termes au goût, à l’apparence, à la sonorité de tautologies mais qui n’en sont pas :
Ecrire – c’est écrire de la langue écrite.

Lire – c’est lire de la langue écrite.
" Tous les enfants ne sont pas au contact de cette langue modélisante. C'est le rôle de l'école maternelle de le proposer.
J'insiste sur cette idée d'imitation qui ne doit pas être tabou. Plus les enfants sont petits, plus ils apprennent par imitation
ils apprennent par essai-erreur et ils apprennent aussi par imitation.
Les apprentissages les plus culturels ne peuvent pas aboutir uniquement avec les essais et les erreurs, il faut qu'il y ait du modèle quelque part."
Viviane BOUYSSE.


----------------------------