« Pulsations,
modulations, alternances, rythme…
Sait-on
jamais si vous commencez à parler de la musique
ou si
vous achevez de parler de la nuit ? »
Vladimir
Jankélévitch 1*
Attrape-t-on jamais les
fragrances puissantes et volatiles créées par les fleurs, les fruits, l’herbe
fraîchement coupée, la menthe suave ? Le regard déchirant d’une âme
perdue ? Les pleurs d’un enfant ?
L’émotion fugace d’une présence,
d’un parfum. Là. Sans pourquoi.
Cet inconnu, Qui est-il ?
Une réponse – un peu hâtive - suggère d’écouter autrui comme la partition
d’une voix divergente ; d’entendre dans ce concert de cordes, une mélodie
désagréable, discordante ou merveilleuse – selon la vibration d’une
différence, l’étrange palpitation d’une étoile lointaine. Autrement dit, la
pulsation rythmique d’un soleil inaccessible, aux notes lisibles dans un ciel sombre, celui d’une nuit dénuée de lune
– un spectacle extérieur à soi, donc.
Et si nous nous
trompions ?
Si cette « musique du soir, [naissant] là où les formes deviennent vagues, où les
mots se font murmure, [était faite d’une rosée non pas étrangère mais
polyphonique ? Singulière certes, tel le spectre lumineux et irisé d’une
onde mais à la fois tellement nous-même, miroir de nos propres vagues, brillant
et évoluant sur la paroi rocailleuse de notre univers, là où] « les parfums, les couleurs et les sons se
répondent »… »
Et si ces notes dénuées de liens
en apparence, étaient faites de la même étoffe ?
« car c’est toute la musique, même la plus lumineuse et la plus
ensoleillée, qui est nocturne en sa profondeur. » nous murmure encore
le philosophe poète qu’était Vladimir Jankélévitch ;
Après tout, les oscillations
frissonnantes d’un Roland Barthes, d’un Montaigne, d’un Vladimir Jankélévitch,
ne réveillent-elles pas en nous des sensations enfouies – les secrètes
palpitations de mémoires à jamais liées ? Un savoir d’intensités mêlées –
démesuré – offert aux âmes éprises de liberté, aux esprits écharpés de laves
humaines, ivres de présences volatiles
et de parfums volcaniques ?
Aussi, le carbone diamantin de
ces myriades de constellations – lesquelles sont des constructions humaines,
visions composées et décomposées au
timbre changeant de nos esprits – ne constituent-elles pas un miroir ?
Visible pour qui veut bien lever le nez de Paris à Londres, en passant par
Berlin.
Lueur d’écrits vibrant de similaires
tintements ?
Vibrations d’une voûte céleste - unique, flottante et
vertigineuse ?
1* Quelque part dans l’inachevé, NRF, Gallimard. P 208
2* Pierre Macherey, Proust.
http://philosophique.revues.org/277 P 86 : …Entre
littérature et philosophie, éditions Amasterdam Paris- 2013 ISBN :
978-2-35480-127-4