samedi 22 septembre 2018
vendredi 17 août 2018
Stéphane Hirschi – La chanson française, une esthétique du double langage ?
La chanson n’est-elle qu’un air fixé par
des paroles ?
Certaines chansons populaires, quasi
poétiques, n’évoquent-elles pas plus que ce qu’elles disent ? Les
hit-parades ne méritent-ils pas d’être étudiés ?
Stéphane Hirschi décode les chants
ordinaires, analyse la richesse de morceaux trop ressassés pour ne pas faire
l’objet de chantonnements réflexes, trop entendus pour être réellement écoutés.
Certaines chansons – extrêmement efficaces
– parviennent, en effet, à créer des émotions fortes. Ces créations regorgent
de paroles faciles à mémoriser, de musiques aisées à fredonner, le tout enrobé
de sentiments vécus par tous.
Le procédé créatif semble simple. Basique.
Ordinaire. Facile. Est-ce vraiment le cas ?
C’est que tout ne tourne peut-être pas
aussi rond qu’un disque vinyle sur une platine... Les mots d’allure ordinaire
creusent parfois des sillons subtils et le diamant des énoncés pailletés peut
scintiller de paradoxes fascinants.
Le premier d’entre eux est la
« posture de l’imposture ». Tout simplement, le chanteur se situe
tout entier dans son discours, qu’il veut sincère, alors qu’il évoque un passé
révolu. Pour ce faire, il se doit d’effacer les décalages séparant la réalité
présente de la scène d’hier.
Citons, pour exemple, Claude François où
la nostalgie douloureuse des amours passés regorge d’invocations joyeuses. Au
reste, ce paradoxe des opposés réunis dans une même phrase est souvent utilisé
au sein des chansons. C’est l’idée d’un chanteur détaché, pourtant extrêmement
impliqué dans l’événement qu’il rapporte. C’est la présence d’un discours
désespéré néanmoins jalonné de souvenirs heureux, d’instants foncièrement
positifs.
Ainsi les textes sont-ils truffés de
pensées antagonistes : désespoir / joie. Instants perdus/retrouvés.
Mais ceci va, bien entendu, plus loin que
la simple apposition / réunion de deux sentiments opposés. A
l’utilisation des décalages temporels – ironie de l’affirmation d’un
« pour toujours » qui n’a plus lieu d’être, s’ajoute une érotique de
la présence / absence, c’est-à-dire la mise en œuvre d’une
esthétique ambiguë où la personne disparue reste vivante
et demeure envoûtante malgré tout.
Merci à Stéphane Hirschi de son
aimable accord ainsi qu’à celui de Stéphane Chaudier.
Merci à Agnès Rabineau,
organisatrice des passerelles culturelles à la médiathèque du Vieux Lille
lundi 2 juillet 2018
S'imiter pour se parler, Boris Cyrulnik
L’imitation, au fil des générations, a perdu ses
lettres de noblesse. Autrefois considérée comme une étape de formation quasi
obligatoire - notamment dans le domaine de l’Art où copier des heures durant
des modèles de chair ou de papier constituait le passage obligé des candidats à l’Académie - elle fait
aujourd’hui l’objet de reproches, de méfiance, voire d’un rejet définitif. Souvent assimilée à la reproduction du même, à la répétition d’un identique au geste prêt, au millième de la lettre, cette dernière est devenue suspecte, puis, peu à peu, s’est couverte sinon d’opprobre, au moins de mépris. Pourtant, le psychologue Jean Piaget dans Psychologie et pédagogie – La réponse du
grand psychologue aux problèmes de l’enseignement, n’hésite pas à valoriser
l’image mentale[1] tout en opposant pratiquement
la copie à l’intelligence[2]
En outre l'imitation n'aurait-elle pas une utilité sociale ?
Albert Bandura est l’un des
spécialistes de la « Théorie de l’apprentissage social » son
intéressante position montre combien l’imitation fait partie du quotidien.
Ainsi, lors des conduites sociales, fonctionnons-nous régulièrement par
mimétisme social. Par exemple, lors de spectacles ou de cérémonies, se caler
sur le comportement des autres, permet non seulement d’adopter à coup sûr le
geste adéquat mais de le retenir afin de s’en servir ultérieurement. L’individu
se construit des « représentations symboliques
des événements modèles. L’acquisition est commandée par quatre sub-processus :
l’attention discriminative, la rétention codée, la reproduction motrice, les
effets de renforcement, enfin, qui renvoient à la motivation. » [3 ]
L'imitation constitue également le plus sûr moyen d'entrer en contact avec l'autre et ce dès la maternelle.
Écoutons...
[1] D’où la troisième solution : l’image mentale, c’est-à-dire le symbole en tant que copie ou reproduction intérieure de l’objet, ne serait-elle pas simplement un produit l’intériorisation de l’imitation elle-même ? On sait assez, en effet, que l’image n’est pas simplement, comme on l’a cru longtemps, un simple prolongement de la perception. Elle résulte d’une construction, parente de celle qui engendre les schèmes de l’intelligence, mais dont les matériaux sont empruntés à une « matière sensible ». Or, ajoutons le, cette étoffe est motrice autant que sensible : entendre mentalement une mélodie et une chose, mais pouvoir la reproduire en précise singulièrement l’audition intérieure ; l’image visuelle également reste vague tant qu’elle ne peut se traduire en dessin ou en mime. P 71-72 :
Piaget Jean, La formation du symbole chez l’enfant, Paris, Delachaux et Niestlé, 1978 (citation double cf p 42)
[2] «… l’intelligence est une assimilation du donné à des structures de transformations, des structures d’actions élémentaires aux structures opératoires supérieures, et que ces structurations consistent à organiser le réel, en acte ou en pensée, et non pas à le copier simplement. » Piaget Jean, Psychologie et pédagogie. La réponse du grand psychologue aux problèmes de l’enseignement. Paris, Médiations. Denoël. p 49
[3] Apprendre en imitant ? FaydaWinnykamen – Puf Psychologie d’aujourd’hui, octobre 1990, Paris, p 57.
ooooooooooo
dimanche 15 avril 2018
Du simple naît la complexité ? Hervé Di Rosa et Martine Aubry.
« L'Art, le beau
doivent être partout. » Martine Aubry
Hervé Di Rosa est l’un des
pionniers de la « Figuration libre ». Mélange d’un tout-mais-pas-n’importe-quoi
joyeux et coloré, l’artiste produit un décalage suffisamment inconfortable pour
irriter et interroger. En quoi la
fresque murale présentée à Lille est-elle si éloignée de la vision officielle
de l’Art ? Est-ce la palette ?
Le tracé ? Le décalage ? L’usage de la faïence ?
Utilisant la joie, l'humour,
l'art brut, l'accumulation, le détournement, la curiosité et l'ouverture aux
autres, l'artiste déploie l’ensemble des codes sociaux et des matériaux
plastiques à disposition afin de rendre l’Art accessible à tous.
Pari réussi ?
Une chose est sûre, affirme
Madame La Maire de Lille, Martine Aubry, Hervé Di Rosa Parvient à
« outrepasser les frontières ». Formule heureuse, n’est-il pas ?
Réflexion surgissante, laissant entendre un dépassement des normes couplé à un lien
avec l’autre. Car Hervé Di Rosa outrepasse – effectivement - les limites de
l’acceptable et dépasse les bornes de la norme tant sa pratique – certainement fort
agaçante pour les hyper-conceptualistes - brise la complexité en visant le plus
simple.
Efficace, effectivement. L’œuvre présente
une suite de visages juxtaposés, une série de faces aux joues rondes, aux
sourires simplifiés et à l’œil cyclopéen. Un tout artistique, certes harmonieux,
mais anéantissant impitoyablement la perspective, utilisant des aplats vifs,
jouant à plein les clichés du langage relationnel : tout en caractères
tranchés cernés de noir, vision – en apparence – sans nuance où se tendent de
féroces facilités émotionnelles…
Ce style épuré serait-il synonyme
de facilité ? De simplicité ? D’un art de rue sans message ? La
fabrique d’un art ordinaire, inintéressant, donc ?
Ou serait-ce l’inverse ?
Car ce n’est peut-être pas si
impensable que cela de se jouer de l’inévidence
par le biais de l’évidence. C’est qu’il y a une intelligence du
sensible, une pensée de l’accessible, laquelle est déjà une traduction du
visible.
Sourire à pleines dents, n’est-il
point déjà opposer le coloré à la morosité d’un art complexe se voulant intellectuel
jusqu’à l’illisible ?
N’est-ce point encore marcher sur
le fil des codes sociaux ? Présenter les artifices dans leur nudité
rupestre : caractères minimaux – bruts - caricaturaux et pourtant riches
d’enseignements ?
C’est que ce sourire adressé est
un langage.
D’abord celui du stéréotype, tant
à bien y regarder, ces personnages sont parés d’attendus. On y découvre la
caricature du chercheur à la loupe, du militant au poing levé, du garagiste au
bidon d’huile, du vacancier au chapeau de paille, du graffeur à la bombe de
peinture et de la belle parée de boucles
fleuries de bijoux.
Ensuite, celui du graphisme. Un œil. Unique, à
la forme géométrique des plus dépouillées, presque similaire d’un personnage à
l’autre. Et pourtant, en quelques lignes minimales l’artiste génère des
différences interprétatives maximales. Ici, des regards complices, là, l’amoureux,
rêveur, parce qu’entre ciel et terre ou – tout simplement – parce que l’amour échappe
à l’ordinaire droiture des lois établies et s’évade des règles strictes, a la tête
penchée à l’oblique. Ici, l’« air » désabusé d’un homme fort sérieux.
Ou encore, là, le regard dubitatif d’un travailleur en service ou scrutateur d’un
militant en colère. Qu’est-ce qui produit cette « impression » ?
Qu’est-ce qui différencie l’œil perdu de pensées – vague d’un plein submergeant
- de celui, dénué de pensées, au flou
laissé par le vide ? Qu’est-ce qui différencie la colère d’un vacancier,
de la révolte d’un syndicaliste ? Où se joue les différences d’impressions
produisant ici un sourire joyeux plein de présence et là un sourire
amoureux plein d’une absence ? Qu’est-ce qui sépare le sourire spontané de
l’obligation feinte ?
La réponse se situe sûrement dans
les nuances géométriques du visage, lesquelles sont indubitablement complexes
et poussent à l’analyse. Qui ne s’est déjà surpris à méditer sur la flexion d’un
sourire étonnant ? Qui ne s’est arrêté sur un regard porté vers le songe ?
Autant d’indices silencieux faisant d’un imperceptible une œuvre et du
minuscule un texte.
Entrons dans l’étude scrutatrice
des éléments et de leurs liens.
Etrange attitude, en effet,
décalée dans ce concert de sourires que celui du vacancier au chapeau de paille
colérique. Manque de tact – peut-être – de ce chercheur à la loupe impudique
scrutant une jeune femme voilée.
Où les limites sont-elles outrepassées ?
Sont-ce… Les dents serrées ?
Les sourires unanimes ? La simplicité ? La complexité des rapports
sociaux ?
Dans cette photo de groupe, tous
ces personnages font-ils société ? S’écoutent-ils ?
Dialoguent-ils ? Ou sont-ce des rires juxtaposés, échanges superficiels et
dialogues façades ?
De fait, un schéma simple appelle
une foule de différences invisibles. Touches indétectables pour le spectateur
pressé. Mais finalement très accessible pour peu que la pensée s’y attarde.
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Galerie photos
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Quelles exploitations
en classe ?
Stéréotypes :
Qu’est-ce qui
« signifie » ? Qu’est-ce qui est porteur de sens ?
Visages ( Quoi, les yeux ?
La bouche ? La bouche associée aux yeux ?)
Vêtements
Accessoires ?
Comparer avec des graffs de rue :
Qu’est-ce qui fait langage ?
(Comparaison langage d’une image – langage d’un texte)
L’image ?
Ce qui est dit ?
Comparer avec des images
« naturelles »
Qu’est-ce qui parle ? Nous
imaginons, faisons « parler » ?
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